Religion

L’agence Protestinfo sur la sellette

Le rôle de l’agence de presse des Eglises réformées romandes fait débat. Doit-elle être loyale envers ses lecteurs, ou envers ses bailleurs de fonds?

«Pour nous, la page est tournée, on continue notre travail.» Joël Burri se veut serein au téléphone. Le rédacteur responsable de Protestinfo a l’impression que sa cause a été bien soutenue samedi à Morges, lors de l’assemblée générale de la Conférence des églises réformées (CER) de Suisse romande, qui débattait du rôle que doit jouer Protestinfo: il n’empêche, le débat entre communication et information n’épargne pas l’Eglise réformée.

Protestinfo, c’est cette agence de presse des Eglises réformées dont la création en 2000 fut un petit événement: pour la première fois, les Eglises décidées à devenir plus visibles dans la sphère publique s’accordaient pour mettre en place une agence de presse professionnelle, pour fournir aux médias des informations originales, des enquêtes et des reportages. Installée à Lausanne, Protestinfo se veut «libre et loyale» selon son site internet; elle occupe aujourd’hui deux journalistes et publie environ neuf dépêches par semaine, souvent reprises par La Liberté, Le Courrier, 24 heures, Réformés et en France par le magazine Réforme.

«Discussion non décisionnelle»

Si samedi, le débat sur la liberté et l’indépendance dont doit bénéficier l’agence a été au centre d’une «discussion non décisionnelle», c’est que deux articles ont fait froncer les sourcils au bout du Léman. Le premier, paru en novembre 2017, donnait la parole à Pierre Gauthier et à Magali Orsini, deux députés genevois avec une vision de la laïcité très stricte, quand le Grand Conseil débattait encore de la loi sur la laïcité de l’Etat. «Cet entretien faisait partie d’une série d’articles sur le sujet, explique Joël Burri, mais l’Eglise protestante genevoise aurait voulu donner son avis dans cet article.»

L’EPG regretterait aussi un second article paru deux semaines plus tard, retraçant des propos tenus lors du festival Reform’action, à l’occasion des 500 ans de la Réforme: une jeune fille avait annoncé que «la prière l’avait guérie de l’anorexie», tandis qu’une pasteure se disait choquée d’avoir entendu dans un atelier «que les homosexuels étaient une menace pour notre société et que les couples divorcés étaient mauvais»: des propos à l’opposé de la ligne d’ouverture adoptée depuis longtemps par l’Eglise réformée. Mais «nous sommes des journalistes, pas des évangélisateurs. Notre loyauté est aux lecteurs avant les Eglises», rappelle Joël Burri. «Le nom de l’agence a une connotation protestataire», reconnaissait le communiqué de presse qui lançait Protestinfo en 2000…

Paysage médiatique chamboulé

«Est-il juste de payer pour subir des critiques? D’allonger de la thune pour se faire essorer?» La carte blanche de Patrick Chuard posait bien la question, provocante, samedi dans 24 heures: le payeur n’a-t-il pas voix au chapitre, dès lors qu’il paye? «Protestinfo est financé à 100% par les Eglises. On est en droit de pouvoir en discuter, c’est légitime», se défend Emmanuel Fuchs, président de l’Eglise protestante de Genève. Mais pour lui, le sujet est bien plus vaste: «Il ne vous a pas échappé que No Billag repose toute la question de l’information religieuse. Il n’y a pas de mal à se poser des questions, nous le faisons régulièrement, nous n’avons pas d’agenda caché; d’ailleurs nous voulions en discuter en direct avec Protestinfo, qui n’a pas voulu. Nous devons repenser notre présence numérique, et comment doivent travailler ensemble Médias-pro [qui s’occupe de la gestion des médias au nom des Eglises réformées de Suisse romande], la revue Réformés, Protestinfo…» Le pasteur genevois note d’ailleurs avec satisfaction que la question sera reprise par la Conférence des églises romandes.

En février, c’est un autre média protestant qui a été chahuté. Réformés, le magazine de l’Eglise, a suscité une vague de désabonnements et de départs de fidèles après avoir publié la photo d’un couple d’hommes nus enlacés (un Noir et un Blanc, l’un ayant les bras en croix) pour illustrer un dossier sur l’accueil des LGBTI dans l’Eglise.

Relire: Homosexuels enlacés: la photo du journal «Réformés» continue de choquer

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