En politique, et peut-être plus encore en diplomatie, les promesses n’engagent souvent que ceux qui y croient. Penser qu’Emmanuel Macron pourra, durant la présidence française semestrielle de l’Union européenne qui débute le 1er janvier, donner des impulsions décisives à l’édifice communautaire est donc sans doute naïf. Mais il faut au moins reconnaître au président français – qui a esquissé ses priorités, lundi, au 25e anniversaire de l’Institut Jacques Delors à Paris, avant une conférence de presse jeudi 9 décembre – le mérite de fixer un cap clair. En trois mots, «relance, puissance, appartenance», il a dit l’essentiel. Seule une communauté solidement arrimée à ces ambitions peut se montrer, demain, à la hauteur des défis que sont la sortie de la pandémie, la rivalité Chine-Etats-Unis, les relations UE-Russie, la déferlante nationaliste et souverainiste, l’enjeu migratoire ou la transition écologique.

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Ce triptyque ambitieux fera sourire ceux qui, en Suisse, pensent que la meilleure des politiques vis-à-vis de notre premier partenaire commercial est l’attentisme. Ces eurosceptiques ne se priveront pas non plus de juger très électoral le volontarisme du chef de l’Etat français, puisque le scrutin présidentiel d’avril tombera pile au milieu de ce semestre et que l’Elysée pourrait donc connaître un nouveau locataire jusqu’en 2027. Sans oublier le risque sismique que ferait courir à l’UE une victoire, à Paris, d’un candidat d’extrême droite.

Il reste deux évidences dont le Conseil fédéral ferait bien de se préoccuper. La première est la conviction française, assez répandue, que la Suisse est un partenaire qui demande trop, avec lequel discuter ne sert pas à grand-chose tant qu’il n’aura pas fait connaître noir sur blanc un début d’intentions bilatérales. Ce qui avait en partie justifié, en septembre, l’annulation in extremis de la visite officielle à Paris de Guy Parmelin, avec en arrière-plan la décision helvétique de confier sa police du ciel aux F-35 américains. Or avec Macron en pole position européenne, ce doute prendra de l’importance, surtout s’il devait être réélu.

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La seconde évidence est qu’à force d’être ébranlée par les crises, du Brexit à la pandémie en passant par les contestations polonaises et hongroises, la Commission européenne a bétonné ses arguments juridiques. Sa réussite sur les vaccins lui donne en plus un argument de taille pour montrer les bénéfices de l’appartenance communautaire. Il est donc peu probable que la présidence française de l’UE, dans ce contexte, favorise des concessions envers les pays tiers. A bon entendeur…

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