Les images spectaculaires des vergers en Valais illuminés par des dizaines de chaufferettes début avril ne sont pas passées inaperçues. Tout comme les visages frigorifiés et inquiets d’arboriculteurs craignant que l’extrême froid ne brûle les fragiles fleurs d’abricotiers, mais aussi de pommiers et de poiriers. Certaines nuits, la température avait chuté jusqu’à –6°.

Lire aussi: Le changement climatique avance les saints de glace

L’Office fédéral de l’agriculture n’a pas encore une vue d’ensemble des dégâts provoqués par le gel en Valais, en région lémanique ou encore en Thurgovie, haut lieu de culture de fruits en Suisse. L’espoir est qu’ils soient minimes. Les arboriculteurs maîtrisent la technique qui consiste à asperger les arbres de sorte que l’eau se transforme en glace et protège la fleur.

Lire également: En France, un «quoi qu’il en coûte» viticole

4 milliards d’aides publiques par an

Les saints de glace sont devant nous. Mais la casse est déjà là. Elle se fera d’autant plus vive qu’en Suisse les cultivateurs de fruits ne sont pas plus de 10% à être assurés. Pour cause de cherté, jurent les premiers intéressés. C’est paradoxal dans un pays où l’Etat injecte près de 4 milliards de francs par an pour soutenir une agriculture bien coûteuse.

En Europe, un système d’assurance protège les agriculteurs de mauvaises récoltes liées aux calamités naturelles. Un système qui montre sa pertinence en cette période où le changement climatique chamboule les cycles.

La «bise noire» de 2017 et la motion Bourgeois

En avril 2017, Johann Schneider-Ammann, alors conseiller fédéral chargé de l’Agriculture, s’était déplacé dans le Vully (FR) pour se rendre compte du désastre provoqué par la «bise noire». L’ampleur des pertes avait incité le conseiller national Jacques Bourgeois et alors directeur de l’Union suisse des paysans à présenter une motion demandant à la Confédération de participer à une prime d’assurance pour se protéger contre les conséquences d’intempéries.

Le Conseil fédéral a pourtant admis le principe d’une telle aide et l’énonce dans son projet de Politique agricole 22+. Ironie du sort, le lobby agricole, mécontent de l’ensemble du paquet, l’a tué le mois dernier devant les deux Chambres. Il doit s’en mordre les doigts: le projet ne reviendra pas sur la table avant 2022 ou 2023.

Il est urgent de dégeler la motion Bourgeois. Il s’agira bien d’une nouvelle subvention directe, probablement incompatible avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce… Mais ça, c’est une tout autre histoire.