Ce titre paraîtra curieux. Il l'est. Mais à mesure que se déroule la campagne pour l'élection de la Constituante, je suis venu à douter du fait que la laïcité soit véritablement un enjeu. Je crois même que le mot «laïcité» masque le vrai problème qui se pose dans le canton.

Je n'en connais certes pas les quasi 450000 habitants, mais je ne croise pas de gens qui ne veulent pas d'une démocratie laïque pour Genève. Personne ne veut de religion d'Etat, du monopole d'une religion, etc. Ni même du cujus regio, ejus religio qui mit fin à la guerre de Trente Ans. De surcroît, le droit fédéral est là, ainsi que diverses chartes fondamentales.

L'enjeu se trouve dans la notion de séparation de l'Eglise et de l'Etat, spécialité de Genève et de Neuchâtel. Ceci, au-delà du principe auquel j'adhère fortement en ce qui me concerne, entraîne des conséquences pratiques. Elles ont été façonnées au cours d'un siècle, sont entrées dans les mœurs mais font néanmoins l'objet, pas encore de controverses, mais certainement de discussions.

A mon sens, la vraie question est: est-ce que les conséquences que nous tirons de cette notion de séparation de l'Eglise (des Eglises) et de l'Etat sont toujours pertinentes? J'ai tendance à répondre oui, pour mon strict compte propre, car je suis éminemment sensible au potentiel de dérives qui viderait, par ricochet, le concept de laïcité de son sens. Ces dérives se feraient d'ailleurs à l'abri de vertueuses protestations d'attachement à la laïcité.

Toutefois, il y a une demande d'inventaire de ces conséquences, qui utilise aujourd'hui un ton modéré. On appelle cela: prise en compte du fait religieux dans une démocratie laïque du XXIe siècle. On réclame un enseignement des religions, etc, etc, puis on se reprend en disant qu'il s'agit de l'histoire des religions.

Paradoxalement, ces demandes me paraissent à la fois légitimes et inquiétantes. Il me semble que l'on a tendance à oublier que les libertés fondamentales, comme la liberté de pensée, de croyance, du culte, d'expression et j'en passe, sont bien là et que nous parlons des seules implications et obligations de l'Etat, pas de chaque individu.

Nous devrons, me semble-t-il, répondre à ce besoin d'inventaire, avant que le ton cesse d'être modéré et que la passion ne s'en mêle.

Songeons qu'au fil de nombreuses refontes de constitutions cantonales, le club Genève-Neuchâtel n'a pas fait de nouvelles recrues; je m'abstiendrai d'évoquer le préambule de la Constitution fédérale... de 1999, en vigueur dès le 1er janvier 2000.

Le temps est donc à la disponibilité d'écoute et à la rigueur de vocabulaire.

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