Penchons-nous sur la vésicule biliaire du président égyptien Hosni Moubarak. Il l’a fait opérer à Heidelberg, en Allemagne, ainsi qu’une tumeur bénigne. Malgré ses 81 ans, il s’en est remis rapidement, aucun problème donc. Mais si, il y a le problème qu’un chef d’Etat semble se méfier des institutions sanitaires de son propre pays. L’Egypte est un pays pauvre, si l’on tient compte de n’importe quelle moyenne statistique. Mais elle compte certains hôpitaux modernes, et ces hôpitaux devraient être en mesure de fonctionner, même pour le président. Et pour tout le monde. Si je pouvais légiférer dans un tel pays, je contraindrais l’élite politique à se faire soigner exclusivement dans les hôpitaux nationaux. Cette disposition attirerait l’attention soutenue des parlementaires et des gouvernements vers une politique de santé performante. Si l’on élimine le côté hôtel de première classe qui entoure, dans nos hôpitaux, les opérations et les actes strictement médicaux, une médecine de niveau ne devrait pas coûter des sommes inatteignables à un pays pauvre. Si ses élites politiques ne réussissent pas à la mettre en place pour tout le monde, elles ne devraient pas jouir du privilège réservé à elles seules d’aller se faire soigner ailleurs.

Le principe de relier les responsables politiques aux conséquences de leurs actes est libérateur, et il peut éviter bien des dysfonctionnements courants. J’avais mentionné ici la Constitution américaine qui n’empêche pas les parlementaires de s’auto-augmenter leurs émoluments, car si un parlement est souverain, aucune autre autorité ne peut le faire. Mais ces augmentations ne prennent effet que pour la législature suivante. Les membres du Congrès doivent donc d’abord affronter leurs mandataires.

Du temps de Clinton, la procédure parlementaire américaine avait instauré d’autres relais d’autocorrection. Si un groupe de députés augmentait des dépenses, souvent en faveur de leur circonscription, la loi budgétaire les obligeait à en compenser le montant dans la même rubrique des dépenses. Certains parlements ne reconnaissent des décisions que si la majorité des membres, et non des membres présents, y consentent. Ainsi on renforce l’assiduité, la présence.

Devant la multiplication des séances de commissions spéciales ou des commissions d’enquête parlementaires suisses, j’aurais aussi une parade: les parlementaires toucheraient des émoluments généreux, mais exclusivement pour les séances plénières auxquelles ils assistent, et aucun autre salaire. S’ils multiplient les séances de commissions et d’enquêtes spéciales, c’est alors pour le seul l’intérêt de la matière et non pas pour quelque intérêt pécuniaire.

Je sais par des contacts personnels que la tentation pécuniaire n’est pas complètement étrangère à la cadence de ces séances supplémentaires. Je n’irai pas aussi loin que recommander le salaire au mérite, bien que cela pourrait accélérer certains débats.

Par exemple, la révision de l’AVS traîne depuis le vote populaire négatif en 2004 et il n’y a pas encore la moindre esquisse d’une solution durable. Si l’on accordait une prime globale, à répartir par tête, pour un projet voté encore en 2010, ce serait juste à temps avant que les générations nombreuses prennent leur retraite. Mais je délire, certainement.

En Afrique par contre, une telle prime existe, non pas pour des projets réalisés, mais pour tout président d’Etat qui se retire selon les normes constitutionnelles et sans s’être enrichi. Un milliardaire originaire du Soudan avait instauré ce prix il y a quatre ans. Cinq millions de dollars au total seront remis à tel président sortant. Le motif est clair: on veut dispenser les chefs d’Etat de piller leur Etat pendant leur mandat et grâce à lui. L’année passée le prix n’a pas pu être accordé. En 2008, c’est l’ancien président du Botswana, Festus Mogae, qui en a été le lauréat; en 2007 le président sortant du Mozambique, Joaquim Chissano.

Une condition supplémentaire est à respecter: les présidents-candidats ne doivent pas avoir dépassé les mandats légalement autorisés au moment de leur élection. Le prix échappe donc à ceux qui s’ingénient à prolonger leur maintien en fonction.

Ces idées d’intéressement matériel prennent les politiciens comme ils sont: des êtres humains.

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