A Hongkong, la priorité de la Chine est de préserver sa souveraineté et d’aider son peuple à retrouver la stabilité. Il est donc de sa responsabilité d’établir une loi sur la sécurité nationale. Plus de démocratie viendra du dialogue et non de manifestations violentes. Je pense qu’il est donc trop tôt pour conclure que cette loi mettra fin à l’autonomie de la Région administrative spéciale (RAS) de Hongkong. La Chine a réaffirmé que cette loi respecterait le principe «un pays, deux systèmes» et son objectif n’est donc pas de fusionner deux systèmes très différents en un seul, mais bien de prévenir les crimes, plutôt que de punir les gens.

Par souci d’efficacité

La sécurité nationale est indispensable à chaque pays. Depuis 1997, le gouvernement central chinois exige du conseil législatif de Hongkong de promulguer une loi sur la sécurité nationale en vertu de l’article 23 de la loi fondamentale, la Constitution de la RAS. Alors que Macao édictait une telle loi en 2009, le parlement hongkongais a échoué à le faire jusqu’ici. Or, de nombreux événements ont montré que de grands risques existent pour le pays. Depuis le 20 juillet 2019, plusieurs saisies d’explosifs TATP ont par exemple été réalisées dans des zones industrielles et résidentielles. On a aussi découvert des fusils, ainsi que des bombes artisanales dans les lieux publics. En outre, les tensions entre les manifestants et d’autres citoyens ont augmenté, un extrémiste ayant bouté le feu à un homme qui voulait l’empêcher de vandaliser le métro. C’était en novembre dernier. Des extrémistes ont aussi endommagé des commerces. Certains manifestants ont par ailleurs chanté un slogan évoquant «l’indépendance». Malgré tout cela, la loi est restée en suspens jusqu’ici et le Conseil législatif ne fonctionne pas bien. Ainsi, la loi sur le respect de l’hymne national n’a pu être adoptée qu’après dix-huit mois du fait de tactiques dilatoires de ses opposants. Comment sortir de cette impasse?

En glorifiant la révolution face à un gouvernement qui ne satisfait pas à leurs exigences, certains acteurs recourent à des moyens de plus en plus radicaux

Par souci d’efficacité, le parlement chinois a décidé le 28 mai d’actionner l’article 18 (3) de la loi fondamentale, qui lui réserve le droit de promulguer des lois concernant la défense et les affaires étrangères ainsi que des questions ne relevant pas de l’autonomie de la RAS. Le parlement chinois a choisi en priorité quatre crimes: le terrorisme, l’ingérence étrangère, la subversion et le séparatisme. Comme d’autres lois nationales chinoises, celle-ci sera placée sous l’annexe III de la loi fondamentale hongkongaise. Le Conseil législatif local devra promulguer l’article 23 pour gérer les autres risques. Une commission est en train d’en rédiger les clauses et de préciser les détails du mécanisme. Selon des indications du gouvernement local, la loi restera sous le système de la common law, et non sous le régime de loi chinois. Ce qui veut dire que les droits de l’homme seront toujours protégés. Le Ministère de la justice hongkongais prendra indépendamment toutes les décisions de poursuite et conservera le droit de jugement final. La loi sera appliquée par les forces de police de Hongkong.

Une ville divisée

Il n’en demeure pas moins que Hongkong est divisé, avec deux camps qui se font face: les pro-démocratie et les pro-establishment. Tous deux ont contribué à la démocratie au fil des années. Mais leurs points de vue divergent, que ce soit sur le rôle du chef de l’exécutif, sur le modèle politique, sur le calendrier de la transition vers le suffrage universel ou la manière de l’appliquer. Le camp pro-démocratie s’oppose par ailleurs au Parti communiste. En partie en raison de malentendus et des frustrations accumulés, chaque nouvelle génération étant moins patiente que la précédente. En glorifiant la révolution face à un gouvernement qui ne satisfait pas à leurs exigences, certains acteurs recourent à des moyens de plus en plus radicaux. De nombreux citoyens ont, il est vrai, perdu confiance dans les gouvernements successifs, suscitant l’inquiétude et les revendications. A l’inverse, le camp pro-establishment se targue ces jours-ci d’avoir recueilli près de 3 millions de signatures pour soutenir la loi.

La communauté internationale n’est pas moins divisée sur la question de Hongkong. Alors que certains chefs d’Etat ont rapidement envisagé des mesures d’ingérence telles que des sanctions, d’autres adoptent une approche attentiste et encouragent la collaboration interne. Quelle peut être la motivation de bloquer un pays dans l’établissement de sa loi de sécurité nationale? Plus tôt la loi sera mise en œuvre pour éliminer les incertitudes, mieux ce sera. Le défi auquel Hongkong fait face n’est pas cette loi elle-même, mais les rumeurs et les actions radicales.


Rebecca Chung est consultante en gestion d’origine hongkongaise, anciennement en résidence au Centre de politique de sécurité de Genève.


Lire aussi

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.