Après un mois de dures négociations, l’Allemagne se dote d’un gouvernement inédit formé des sociaux-démocrates, des Verts et des libéraux, marquant officiellement la fin de l’ère Merkel. La coalition «feu tricolore» a présenté mercredi un contrat de coalition très ambitieux qui traduit bien les préoccupations actuelles de la première puissance économique européenne.

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Le statu quo entretenu par Angela Merkel, formidable gestionnaire de crise mais piètre réformatrice, n’est plus possible. L’Allemagne a besoin de profonds changements. A commencer par la digitalisation au pas de charge du pays et par sa politique climatique. Ebranlés par des inondations meurtrières l’été dernier, les Allemands exigent des mesures beaucoup plus courageuses. «L’Ampelkoalition» y répond, promettant d’investir massivement dans les énergies renouvelables qui devraient couvrir 80% des besoins en énergie dans les dix ans et de sortir «idéalement» du charbon en 2030. Elle envisage de développer fortement l’industrie de l’hydrogène et d’investir considérablement dans le rail. La création d’un super-Ministère du climat et de l’économie, dirigé par le Vert Robert Habeck, s’inscrit parfaitement dans cette logique.

Ambition et continuité 

Ironie de l’histoire, c’est un social-démocrate et futur chancelier Olaf Scholz qui va revoir la réforme Hartz IV menée par Gerhard Schröder. Celle-ci avait permis une modernisation du marché du travail, mais avait aussi créé des working poors. Mesure prévue: une hausse du salaire minimum à 12 euros.

S’il y a de l’ambition, il y a aussi de la continuité. Continuité en matière de politique étrangère avec un engagement européen marqué et un attachement viscéral à la relation transatlantique. Mais aussi en matière d’asile où Berlin entend favoriser l’immigration régulière. Sans quoi le pays pourrait manquer de près de 7 millions de travailleurs d’ici à 2035.

Entre des libéraux axés sur l’orthodoxie financière, des Verts pour qui les investissements dans une économie propre sont primordiaux et des sociaux-démocrates conscients des dégâts sociaux de la pandémie, les pommes de discorde sont potentiellement très nombreuses. Mais à l’heure où il est devenu presque un gros mot dans l’espace démocratique, le compromis obtenu par les trois partis fait honneur à la démocratie allemande.