L’expression est aujourd’hui entrée dans les débats politiques allemand et européen. Pour expliquer l’attentisme économique et diplomatique de Berlin à l’orée du départ d’Angela Merkel de la Chancellerie, de nombreux observateurs parlent d’une «tentation suisse» pour la République fédérale. En clair: une majorité des électeurs allemands qui se rendront aux urnes dimanche 26 septembre pour élire le nouveau Bundestag rêvent d’abord de stabilité et d’un gouvernement recentré sur les enjeux nationaux.

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Oubliée, la générosité de la chancelière sortante envers les migrants lors de la crise de 2015. Oublié aussi, le leadership allemand décisif – même si l’accouchement des plans de sauvetage pour les pays du Sud fut à chaque fois difficile – pour sortir l’UE du séisme financier de 2008-2012, lorsque la Grèce menaçait d’emporter l’euro dans sa faillite. Le visage de l’Allemagne de demain serait donc condamné à être celui d’un grand pays rétif au changement, où un seul sujet majeur résiste à la volonté collective de continuité: celui du changement climatique.

Cette prétendue «helvétisation» du débat politique allemand n’a rien de réjouissant. Alors que les Etats-Unis de Joe Biden se replient sur la défense de leurs intérêts directs et alors que la Chine fourbit ses armes économiques ou financières post-pandémie, la voix et le poids de la République fédérale sur la scène internationale sont des atouts dont l’Europe a besoin. Berlin doit continuer, comme l’a fait avec courage Angela Merkel, de sortir de sa zone de confort et d’imaginer l’avenir avec ses partenaires européens. La première économie de la zone euro doit aussi, par une politique assumée d’investissements dans les infrastructures et par son exigence d’orthodoxie budgétaire, contribuer à la remise sur pied du Vieux-Continent.

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Remplacer du jour au lendemain Angela Merkel, arrivée au pouvoir en novembre 2005 (et réélue pour quatre mandats consécutifs) est évidemment une mission à hauts risques. L’actuel favori des sondages, le ministre social-démocrate des Finances et vice-chancelier, Olaf Scholz, fait d’ailleurs tout pour expliquer qu’il ne changera ni de cap ni de méthode, comme s’il était l’héritier naturel d’un «merkélisme» appelé à durer au-delà des échéances électorales. Logique. Mais inquiétant aussi. Vouloir proroger à tout prix les acquis des années Merkel n’est pas une proposition tenable. La «stabilität» à la Suisse est une vertu. Elle ne peut pas être l’horizon intangible d’une puissance de premier plan, pièce maîtresse du camp démocratique européen et occidental.