Revue de presse

L’Alliance atlantique détecte une inquiétante activité aérienne des Russes

L’OTAN se dit même être en état d’«alerte» après avoir constaté des incursions de l’aviation militaire russe. Elle est intervenue ces deux derniers jours, en qualifiant la situation d’«inhabituelle». Sur fond de conflit en Ukraine, il y a de quoi nourrir quelque méfiance

Relents de Guerre froide. Encore. De son grand quartier général des forces alliées en Europe (SHAPE), installé à Casteau, près de Mons (Belgique), l’OTAN a annoncé mercredi avoir procédé à plusieurs interventions aériennes ces deux derniers jours après avoir détecté «une intense activité de l’aviation militaire russe dans l’espace européen» et un premier cas signalé le 21 octobre. C’est un petit article publié ce mercredi en ligne par le Baltic Times qui a mis le feu aux poudres, si l’on ose dire. Les pays Baltes, Estonie et Lettonie particulièrement, sont aux cent coups, avec leurs ministres de la Défense qui s’indignent.

Provocation? Ou test de la défense occidentale, de sa «capacité de réaction», comme le dit Le Devoir de Montréal? Et de quoi s’agit-il, plus précisément, avant de recourir aux pires fantasmes? En fait, on sait désormais que des appareils des pays de l’Alliance atlantique ont décollé en quatre endroits différents pour des missions d’interception contre quatre groupes d’avions militaires russes. Dits par Moscou «en manœuvre» dans les espaces de la mer Baltique, de la mer du Nord et de la mer Noire. Tout le détail des opérations est donné par l’agence Belga, notamment reprise par Le Soir de Bruxelles.

Ukraine: chut!

Inquiète, l’Alliance a fait état d’une activité «à grande échelle» et «inhabituelle». Mais elle ne fait aucun lien avec la crise ukrainienne, qui a provoqué et provoque toujours une tension très vive entre la Russie et les Occidentaux. D’ailleurs, les pays de l’est de l’Europe membres de l’OTAN, comme les pays Baltes, précisément, ces anciennes républiques soviétiques, et la Pologne, avaient obtenu l’envoi d’avions de combat pour être rassurés.

Concrètement, il n’y a «aucune violation de l’espace aérien de l’OTAN» qui a été observée, «mais le nombre de vols russes est important», précise Euronews. «Rien d’illégal donc, mais sur fond de conflit en Ukraine, ces faits inquiètent.» Il y a quelque temps, «la Pologne avait annoncé le transfert d’une partie de sa force militaire à sa frontière orientale, plus proche de l’Ukraine et de la Russie. Varsovie craint d’être la prochaine cible du Kremlin. La méfiance est donc de mise. La Pologne a même demandé à l’OTAN une présence militaire permanente sur son sol. L’Alliance n’a pas donné suite à cette requête, notamment pour ne pas risquer de froisser la Russie.»

Stoltenberg explique…

Il semblerait donc qu’on n’en soit donc plus au stade de minimiser. Car selon l’OTAN toujours, il y a déjà eu plus de 100 interceptions d’appareils militaires russes en 2014. C’est tout de même trois fois plus que l’an dernier: les interceptions d’avions militaires russes s’approchant des espaces aériens de pays Baltes ou est-européens ont en fait plus que doublé depuis le début de l’année. C’est du moins ce qu’avait révélé au début du mois d’octobre un haut responsable de l’OTAN, au moment où le nouveau secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, était en visite en Pologne. «Les Russes sont tout simplement en train de tester notre défense», avait-il commenté

Ce mercredi, c’est une très importante opération qui a mobilisé ses appareils, après la détection d’un groupe de huit avions russes – quatre chasseurs bombardiers et quatre ravitailleurs Iliouchine Il-78 – en formation dans le nord de l’océan Atlantique. Des F-16 de la Force aérienne royale norvégienne, la Luftforsvaret, se sont d’abord portés à leur rencontre pour les identifier. Six appareils russes ont alors rebroussé chemin, mais les deux autres, des bombardiers Tupolev Tu-95 («Bear H» dans la terminologie de l’OTAN), ont poursuivi leur route.

Sur la mer Noire aussi

Des Eurofighter Typhoon de la Royal Air Force (RAF) britannique ont ensuite décollé pour les escorter, qui ont enfin passé le relais à la Force aérienne portugaise, la Força aérea portuguesa, affectée à la mission de protection de l’espace aérien des pays Baltes connue sous le nom de Baltic Air Policing (BAP). Au final, les avions russes sont repartis vers le Royaume-Uni, où la RAF et les Norvégiens les ont repris sous leur contrôle.

Mais ce n’est pas tout. Pendant ce temps, une autre opération a été réalisée par l’Armée de l’air turque, la Türk Hava Kuvvetleri, au-dessus de la mer Noire pour contrôler un groupe de quatre appareils russes, deux Tu-95 et deux chasseurs Soukhoï Su-27 «Flanker». La Luftwaffe allemande, pour sa part, avec ses chasseurs Typhoon, est intervenue mardi déjà pour contrôler un groupe de sept avions de combat au-dessus de la Baltique. Elle était escortée de F-16 de l’Armée de l’air royale danoise, la Flyvevåbnet, ainsi que d’appareils finlandais (de la Suomen ilmavoimat) et suédois (de la Svenska flygvapnet). Ces pays ne sont pas membres de l’OTAN, mais néanmoins riverains de la Baltique.

Procédure dite «normale»

N’empêche – et on le comprend –, le mystère demeure. Les Russes n’avaient soumis aucun plan de vol, ils n’avaient aucun contact avec les autorités aériennes civiles et ne communiquaient pas, «ce qui représente un risque potentiel pour les vols civils». Mais la procédure est dite «normale»: l’OTAN dépêche des avions de chasse à chaque fois qu’un appareil qui ne s’est pas fait connaître aux contrôleurs aériens ou n’a pas communiqué de plan de vol s’approche de l’espace aérien de ses membres.

«Du côté de l’Amérique du Nord, le commandement binational canado-américain de la défense aérospatiale (NORAD) n’est pas en reste», constate le site 45eNord.ca. «En août dernier, des avions russes de l’ère soviétique ont mené pas moins de 16 incursions dans et autour des zones d’identification de défense aérienne du nord-ouest, un nombre jamais vu depuis la fin de la Guerre froide.» Ils ont «remis ça le mois suivant» et «plusieurs avions militaires russes ont été interceptés cette semaine dans des zones de restriction près de l’Alaska et au Canada par des avions américains et canadiens».

Forcément, ça énerve, après que la Suède eut mis fin aux recherches d’un mystérieux sous-marin ou autre bâtiment, «probablement étranger», qui s’était aventuré il y a une dizaine de jours près de Stockholm, et que sa Marine a cherché en vain pendant une semaine. Libération avait alors titré: «La Suède et la Russie rejouent A la Poursuite d’Octobre rouge».

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