Editorial

L’ambition africaine

En convoquant le premier sommet Etats-Unis - Afrique qui s’est ouvert lundi à Washington, Barack Obama commet un acte que les psychanalystes auront plaisir à disséquer. Accaparé par la crise économique et sa réforme de la santé au plan intérieur, le président américain a été accusé d’avoir négligé le continent africain tout au long de son premier mandat. Comme si c’était une manière d’oublier un peu son père, un brillant économiste kényan qu’il a brièvement connu. Mais dans sa décision de rassembler une majorité des 54 chefs d’Etat et de gouvernement africains pour développer des liens économiques avec le continent africain, on pourrait presque voir une réconciliation posthume avec son géniteur.

L’enjeu pour Barack Obama va bien sûr au-delà de la relation filiale. C’est une occasion de donner à l’Afrique une chance unique de bénéficier du dynamisme de la première économie mondiale. Comme pour montrer que son initiative n’est pas une réponse à l’avancée de la Chinafrique, le président démocrate relève que la participation au développement de l’Afrique «n’est pas un jeu à somme nulle». D’ici à 2050, la population du continent africain va doubler et la croissance de la classe moyenne devenir un levier économique formidable.

Pour Barack Obama, qui déclarait en 2009 que «le sang de l’Afrique» coulait dans ses veines, c’est aussi une chance d’imprimer sa marque. Ses prédécesseurs Bill Clinton et George W. Bush avaient chacun mis en œuvre un programme emblématique dont les effets positifs se ressentent encore: une loi (AGOA) réduisant les tarifs douaniers pour quelque 40 pays africains et un plan d’aide pour combattre le sida. Barack Obama a déjà lancé en 2013 un projet de 7,8 milliards de dollars, Power Africa, pour multiplier par deux l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne, ou encore une initiative visant à former l’élite de demain. Mais ce n’est pas suffisant. Une dizaine de pays africains restent très répressifs. Les déficits de gouvernance et l’absence d’infrastructures solides sur le continent demeurent des obstacles importants. A Washington, la débâcle du Soudan du Sud, porté sur les fonts baptismaux par les Américains, a laissé un goût amer. Le renversement du Libyen Mouammar Kadhafi n’a pas été suivi des efforts nécessaires pour encadrer une Libye à la dérive.

Le sommet de Washington répond aux aspirations de Barack Obama en matière de politique étrangère au même titre que le pivot vers l’Asie: il fait de l’économie l’arme du XXIe siècle. Si le président démocrate veut entrer dans l’histoire, il faudra toutefois que l’ouverture américaine vers l’Afrique soit aussi sincère que durable.