Suspense. Angela Merkel assistera-t-elle ce jeudi à la réunion de l’Eurogroupe consacrée à la crise grecque? Depuis des semaines, elle freine des quatre fers face aux projets de sauvetage européens. L’hostilité des Allemands et sa mauvaise posture pré-électorale expliquent en partie sa résistance, mais pas complètement.

La chancelière allemande semble prendre un malin plaisir à affronter à la fois la majorité de ses partenaires européens et les marchés qui testent la solidité de l’euro. C’est qu’il y va d’un enjeu de principe, profondément identitaire pour l’Allemagne: son modèle économique basé sur des entreprises qui s’adaptent aux marchés mondiaux et un partenariat social réaliste.

A lire certains médias anglo-saxons, le coupable de la crise serait moins Athènes que Berlin, accusé de trop bien huiler sa machine exportatrice. On prie les Allemands de dépenser plus, les syndicats français applaudissent bruyamment l’idée d’augmenter les salaires outre-Rhin. Plus pernicieux, certains commentateurs reprochent à la chancelière d’avoir les yeux rivés sur les élections, mais pas la vision historique qui permettait aux Helmut, Schmidt ou Kohl, de voir plus loin.

Mauvais procès. Angela Merkel est une Européenne convaincue. Elle n’a pas moins d’ambition pour l’UE que Nicolas Sarkozy ou Gordon Brown – davantage, peut-être. Mais elle sait, pour avoir grandi dans la partie du continent qui a souffert des divisions d’après-guerre, qu’un projet d’union qui se nourrit du passé («plus jamais la guerre entre nous») ou de coûteuses promesses («L’Europe solidaire») finit par s’ensabler. Quand l’économie se portait bien, l’Union européenne a négligé la discipline de son budget et celle de ses membres. Le danger qui la menace ne vient pas des pressions actuelles sur l’euro, mais de l’incapacité de ses institutions à se faire respecter.

C’est cela que souligne l’Allemagne aujourd’hui, pas toujours avec finesse, mais avec pertinence.

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