L’aménagement de la conférence de Paris sur le climat: tout sauf écolo!

Du 30 novembre au 11 décembre prochain, la conférence internationale sur le climat (COP21/CMP11 pour les initiés) réunira sur le tarmac de l’aéroport parisien du Bourget 40 000 participants de 195 pays. La France, malgré ses difficultés budgétaires, compte dépenser plus de 150 millions d’euros dans cette affaire. Le projet est ambitieux et les moyens conséquents.

Au regard des attentes que soulève l’événement, le retournement des organisateurs quant au choix de l’équipe qui va aménager le site constitue un sérieux revers, témoignant d’une profonde incohérence. L’idée de départ de proposer un aménagement à la hauteur des aspirations environnementales de la conférence a été lâchement abandonnée au profit de solutions standards, conçues clés en main par Jaulin/Decoral, un des leaders du montage de stands de foires et de salons. Doit-on y voir une occurrence de plus de l’affairisme court-termiste qui caractérise la vie publique française, ou s’agit-il d’une incohérence plus profonde, à même de démonter le caractère politique de la conférence dans son ensemble?

Comment est-il possible qu’un projet issu d’un concours puisse être écarté au profit d’une entreprise qui certes maîtrise les règles de l’art mais agit sans aucune sensibilité architecturale et sans la moindre réflexion d’ordre écologique? Plus grave encore, comment se fait-il que personne dans l’entourage de François Hollande, pourtant très impliqué dans l’organisation de cette conférence, ne l’ait prévenu du scandale que constitue un projet de cette envergure laissé aux mains de banals organisateurs de salons? Doit-on le rappeler? L’enjeu de la conférence sur le climat est la conclusion d’accords très contraignants sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Autant dire que la conférence doit être le laboratoire d’où va émerger un nouveau pacte environnemental mondial.

Le projet lauréat proposé par le collectif Encore Heureux, Elioth et Quattrolibri et l’agence Construire avait le mérite de faire converger le fond et la forme. A une conférence sur le climat censée faire évoluer les mentalités, les architectes avaient répondu par une conception alliant des qualités humaines et environnementales. Des architectures démontables, très économes dans leur mise en œuvre, astucieuses et intégrant des innovations thermiques de qualité. Sans dépassement de budget, sans extravagance, mais avec une authentique joie de construire, les architectes ont fait de leur mieux pour répondre à une demande complexe avec des solutions sur mesure.

Ils ont notamment conçu une salle plénière entièrement démontable, comme celle qui sera installée au parc Rigot à Genève, pour accueillir les spectacles du Grand Théâtre pendant les travaux de rénovation.

Une fois la conférence de Paris terminée, la structure en bois de 1900 places allait pouvoir profiter à la Seine-Saint-Denis: un département défavorisé qui, malgré son dynamisme et sa population, manque terriblement de salles de cette jauge. C’eût été une belle occasion de créer un équipement durable à partir d’un événement éphémère.

Au fil des mois, les organisateurs revoient l’implication des architectes à la baisse, mais conservent néanmoins l’idée de la salle plénière. A défaut d’une conférence entièrement durable où tout est globalement conçu dans un esprit de réemploi, il est prévu une belle cerise sur le gâteau: un ouvrage de qualité servant de centre névralgique à la COP 21. On y croit, jusqu’au dernier moment. Puis fin mai, l’administration montre son véritable visage. L’aménagement chiffré à plus 50 millions d’euros doit renoncer, pour des raisons budgétaires, à la construction de la salle, estimée à 6 millions d’euros. Pire encore, ce que les organisateurs contre-proposent est aux antipodes d’une quelconque écologie constructive. Des kilomètres de moquette jetable, des revêtements en bois pour singer «l’esprit bio», de la climatisation hardcore, sans le moindre effort pour faire mieux que ce qui se fait de pire. Au Bourget, ce sont les responsables du désastre qui se retrouvent aux commandes. Les champions du gaspillage sans fin, du jetable et de l’énergivore. Ce sont eux qui construisent l’écrin d’où doit éclore une nouvelle sensibilité écologique planétaire.

Autant dire que personne n’y croit, pas même ceux qui organisent. La France avait l’opportunité de faire intervenir sur un événement médiatique d’envergure mondiale ce qu’elle compte de mieux en termes de jeunes architectes guidés par les questions environnementales. L’équipe de François Hollande, tout entière investie dans ce qu’elle considère comme la dernière chance du président pour redorer son blason et se lancer dans la campagne des prochaines élections présidentielles, n’a pas jugé opportun de travailler dans le sens d’une véritable écologie de la construction. Elle a préféré un décor de changement, une fiesta préélectorale agrémentée de bonnes intentions, de discours pompeux et de paillettes bio.

L’abandon du projet de la salle plénière est un premier message très ambigu adressé au monde. Plus qu’une promesse non tenue, il témoigne d’un écart fondamental, quasi schizophrène, entre ce qui est dit et ce qui est fait. Il constitue pour cela un énième symptôme du basculement du politique dans le champ de la communication. La conférence sur le climat, annoncée comme un acte politique d’envergure mondiale, se retrouve par les incohérences de ses organisateurs dès à présent rétrogradée au rang de vulgaire campagne de communication, à des fins électoralistes douteuses.

Des kilomètres de moquette jetable, des revêtements en bois pour singer «l’esprit bio»: aucun effort pour faire mieux que ce qui se fait de pire

Rédacteur en chef de la revue «Tracés»

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