A Denver, il n'y en avait que pour Barack Obama. A Saint Paul, John McCain a à peine existé: tout tournait autour du choix de sa vice-présidente potentielle, Sarah Palin, comme si elle seule pouvait bénéficier de tout le lustre et de toute l'autorité dont le candidat est privé au sein de son propre parti.

Un autre contraste: les démocrates agissaient pendant leur convention comme s'ils étaient au pouvoir, comme si les huit ans de George Bush n'avaient signifié qu'une pénible parenthèse. Les républicains, eux, se sont crus dans l'opposition tout au long de leur convention qui vient de s'achever à son tour. Ils s'emportaient contre «l'élite de Washington». Ils pestaient contre la situation économique. Ils prônaient à tout vent le «changement». En semblant oublier, ou en tentant de faire oublier aux électeurs, que c'est leur propre élite de Washington qui a provoqué la situation actuelle et suscité dans le pays cet irrépressible appétit de changement.

Pour paraître à première vue similaires, pour produire le même show de la démesure, les deux grand-messes politiques américaines ont été animées par des dynamiques radicalement différentes. A leur image, une moitié de l'Amérique est aujourd'hui confiante, enthousiaste, presque euphorique. L'autre moitié est exaspérée par la ferveur ridicule qui, à ses yeux, entoure leur rival en chef. Elle est inquiète face aux bouleversements qu'il semble vouloir opérer, apeurée à l'idée de ne plus se reconnaître dans son propre pays. Au point de s'accrocher, comme à une planche de salut, à une gouverneure de l'Alaska davantage mère au foyer que dirigeante politique confirmée. Au point de sortir de la naphtaline les images d'un John McCain héros de la guerre du Vietnam. Un patriotisme indiscutable face aux contours flous et «cosmopolites» de Barack Obama.

Aujourd'hui lancées, ces deux dynamiques ont encore deux mois, jusqu'au 4 novembre, pour s'emballer. Le ton est donné, et l'affrontement sera sans pitié de part et d'autre. C'est George Bush - un président devenu trop encombrant pour même être autorisé à faire un tour du côté de la fête républicaine - qui a semé les graines de cette profonde division de l'Amérique. Mais les conventions ont prouvé qu'elles n'avaient pas encore fini de fleurir.

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