Où Donald Trump veut-il emmener les Etats-Unis? Pour tous ceux qui ont été sidérés par la victoire d’un candidat dont la vulgarité a, durant toute sa campagne, rendu en grande partie inaudible son propos, cela reste un mystère.

Entre le Donald Trump candidat et le Donald Trump président, il pourrait bien y avoir un fossé, osent croire tous ceux qui voient dans ses envolées sur le retour d’une «Amérique à nouveau grande» un danger pour la démocratie. N’est-il pas, depuis le premier jour de son triomphe, informé par une synthèse des services secrets, tout comme le président en fonction? Ne va-t-il pas comprendre qu’à débouler dans un monde instable et complexe, en multipliant les ruades contre un certain ordre établi, il risque d’ébranler tout l’édifice libéral qui avait jusqu’ici permis aux Etats-Unis d’être la première puissance mondiale?

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L’avenir est à l’acier

Sa première intervention «présidentielle», sur YouTube, annonçant le programme de ses cent premiers jours à la tête des Etats-Unis montre sans ambiguïté qu’entre le candidat et le président, il n’y aura pas de différence fondamentale.

Son premier acte, le 20 janvier prochain, sera d’enterrer un traité de libre-échange en Asie, durement négocié par son prédécesseur. Le message est limpide: l’ère du libre-échange multilatéral est finie. L’avenir est à la protection des travailleurs américains. Son Amérique est celle des voitures, de l’acier et de la construction. Du solide, du traditionnel, comme dans les années 1950. C’était le thème central de sa campagne.

S’il n’a pas annoncé le démantèlement de l’Obamacare ou le retrait programmé des Etats-Unis du traité sur le climat, c’est n’est sans doute que partie remise. S’attaquer à ces deux héritages de Barack Obama sera plus complexe. Certes, il a abandonné l’idée de poursuivre Hillary Clinton en justice. Mais c’était de la communication, non pas un objectif politique.

Lire ses discours

La révolution conservatrice du milliardaire soutenu par Wall Street et dont près de 60% des Américains pensent aujourd’hui qu’il fera un bon président est en marche. Dans les années à venir, les Etats-Unis vont se faire le champion d’un nationalisme affirmé dont la règle de conduite en politique internationale sera un retour à de purs rapports de force.

Pour le comprendre, il devient urgent de lire les discours de campagne de Donald Trump. Ils sont très clairs. L’«Amérique d’abord» n’est pas qu’un slogan. C’est l’annonce d’un monde plus égoïste, plus protectionniste, sans doute plus conflictuel. L’annonce d’un XXIe siècle plein de dangers.