Jamais le rêve de Martin Luther King d’une Amérique unie et juste n’avait paru aussi lointain. A l’issue d’une semaine dramatique, les tensions raciales ont à nouveau atteint leur point d’ébullition. Comme l’a souligné le président Barack Obama, rien ne justifiait l’acte de terreur «méprisable» commis à Dallas qui a coûté la vie à cinq policiers et blessé sept autres. Aussi condamnable soit-il, faut-il toutefois s’étonner qu’un jeune Noir de 25 ans ait voulu tuer des policiers blancs?

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Pour rappel, deux Afro-Américains ont été tués cette semaine en Louisiane et dans le Minnesota, victimes de énièmes violences policières qui défient les principes élémentaires de l’action des forces de l’ordre. L’un d’eux a été froidement abattu dans sa voiture en présence de sa fiancée et de sa fille de quatre ans, provoquant des manifestations à travers tout le pays.

On aurait pu croire que les morts des Michael Brown, Eric Garner ou encore Tamir Rice allaient servir de leçons. La répétition des bavures policières provoque dès lors des sentiments très contrastés au sein de la communauté afro-américaine: une colère profonde, de l’impuissance et l’impression de ne pas faire partie intégrante de la société américaine.

L’émergence du mouvement «Black Lives Matter» est apparue comme un sursaut de dignité d’une communauté qui refuse le statu quo, qui exige des pratiques policières justes et non brutales, une réforme du système carcéral et pénal ainsi qu’une aide à la formation dans un pays où la ségrégation scolaire a fait un retour en force pour des raisons essentiellement socio-économiques.

Si les Etats-Unis sont à un tel degré d’incandescence raciale, c’est bien sûr en raison de son histoire tourmentée, mais aussi d’un Parti républicain qui n’a cessé d’exploiter la fibre raciste pour mieux cimenter son électorat blanc. En intronisant Donald Trump lors de la convention de Cleveland, la ville du défunt Tamir Rice, un enfant noir de douze ans abattu alors qu’il jouait avec un pistolet factice dans un parc désert, il choisira un candidat présidentiel qui ne fera qu’exprimer de façon plus vulgaire et plus outrancière ce qu’il n’a cessé de pratiquer, notamment à l’égard du premier président noir de l’histoire des Etats-Unis.

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