On a vu Ségolène Royal saluer à Rennes le candidat François Hollande à la présidence de la République. Pas de baiser, ni d’accolade. Mais, entre eux, un regard comme complice, une manière de fraternité un peu trop gaie pour ne pas porter sa part de bons souvenirs. On raconte que malgré ses nombreux mariages, Liz Taylor n’a eu qu’un seul homme dans sa vie, Richard Burton, lequel lui a rendu la pareille. Ségolène et François invitent à la comparaison. Ces deux-là sont collés quoi qu’ils fassent, et ce qu’ils font n’est pas banal puisqu’ils se disputent depuis plus de cinq ans la présidence de la République.

Il y a un couvert à l’Elysée pour les quatre enfants qu’ils ont eus ensemble. «Maman a loupé de justesse la présidence en 2007, mais c’est papa qui l’aura en 2012. Bien sûr, maman n’y sera pas puisqu’entre-temps Valérie est arrivée, mais c’est leur problème, on s’en mêle pas.»

Rennes, c’est la capitale de la petite Bretagne, pas de la grande. La scène des retrouvailles politiques joyeuses d’un couple non marié de candidats successifs et rivaux à la présidence est une scène française. Française uniquement. Française culturellement, politiquement, socialement. Elle ne saurait être transposable en Grande-Bretagne où le mariage et l’affichage d’une famille unie et prospère sont la condition de la réussite en politique. Elle est impensable aux Etats-Unis où l’hypocrisie conjugale est érigée en système. Elle est imaginable dans certains Länder allemands mais pas à la Chancellerie, économe sur la libéralité des mœurs.

Ni Ségolène ni François n’ont pensé que leur statut parental risquait de représenter un handicap à leur ambition présidentielle. Tant qu’elle se déroule dans les normes acceptées de la décence, la vie personnelle des dirigeants ne leur amène ni reproche, ni prestige. Les qualités de bon mari et de bon père affichées par Tony Blair ou David Cameron au Royaume-Uni ne rapporteraient aucun dividende en France. L’actuel président fait au contraire connaître, en pleine campagne électorale, ses échecs à garder Cécilia, sa précédente épouse, partie peu avant la présidentielle de 2007.

En France, les affaires de cœur, comme les affaires de corps, sont un secret, ou alors un spectacle. Elles ne deviennent scandale que passé la frontière d’un code tacite de nature libérale.

Les deux candidats principaux de 2012 sont des éclopés de l’amour, réparés par les bons soins des Valérie et autres Carla, ne jouant pas aux modèles faute de croire qu’il pourrait en exister un, et bricolant au fur et à mesure, devant les Français placides sur ce chapitre, des solutions de vie adaptées à leurs besoins.

Si François Hollande est élu, comme le prédisent les sondages, Madame la présidente, Valérie, ne portera pas le même nom que lui. Exception française. Et ses trois enfants, nés d’un mariage rompu avec Denis Trierweiler, s’ajouteront, lors des dîners en famille à l’Elysée, aux quatre de François, issus d’un non-mariage avec Ségolène. Depuis Nicolas Sarkozy, la famille présidentielle française ne craint plus de s’affirmer pareille aux autres, composite, compliquée, cabossée, heureuse à temps partiel mais ne renonçant pas.