Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
La fameuse «machine à vendre des like» dans un supermarché moscovite.
© Twitter.com/Alexey__Kovalev

éditorial

L’amour et la haine ont un prix, sur le Net aussi

On peut désormais s’acheter des «like» avec des automates étudiés pour. Ou organiser une campagne de «dislike» sur des forums internet. Les deux tendances cachent une inquiétante soif de reconnaissance narcissique, ou perverse

Des machines à vendre des «like» pour booster sa popularité sur Instagram fleurissent à travers la Russie. On en trouve dans plusieurs centres commerciaux moscovites, notamment. Elles font un tabac et poussent comme des champignons. Mais à quoi servent-elles? Pour l’équivalent de 850 francs, on peut par exemple s’acheter 150 000 followers bidon qui vont automatiquement «liker» chacune de vos publications. Un développement technologique similaire est attendu pour Facebook, Twitter, et tous les autres réseaux.

Lire aussi: De faux «like» russes à vendre en ligne pour booster son compte Instagram

Que cache ce besoin d’amour, ce surinvestissement personnel dans le numérique? Qu’il ne faut, de nos jours, rien négliger pour être aimé, précisément. Mais c’est tout de même terrible que d’en venir à s’acheter de faux amis pour espérer une célébrité illusoire, en passant par cette industrie technologique qui usine de l’estime ou de la fraternisation comme on fabrique des pots de yaourt. La tendance à avoir soif de reconnaissance sur le Net, même factice, n’est en somme que l’ultime développement d’une société centrée sur l’individu, qui pourtant ne le favorise pas toujours. Si l’on est déjà dans l’anthropocène, l’avènement du «narcissocène» est pour demain.

Mais aujourd’hui, pour autant qu’on en ait les moyens, on peut tout acheter ou presque sur le Web. Des «like», bien sûr. En Russie, le forum SMOServices, dit «d’optimisation des médias sociaux», permet par exemple de faire apparaître sa vidéo sur la page d’accueil de YouTube pendant deux minutes pour la somme peu modique d’environ 620 francs ou une centaine de commentaires de robots sur la même vidéo pour un peu moins de 3 francs.

Mais «il n’y a pas de haine aussi terrible que celle de l’amour gâté», comme le disait le romancier et journaliste français du XIXe Alphonse Karr. Aussi, les «amis» qui n’ont d’existence que virtuelle sont-ils aussi capables de virer leur cuti si les internautes les corrompent. En achetant, a contrario, des «dislike»! Cent commentaires négatifs sur une production YouTube, c’est encore moins cher: même pas 2 francs…

Selon une enquête du NiemanLab, on peut même complètement discréditer un journaliste pour un peu plus de 55 000 dollars. A l’heure des fake news et des rumeurs malveillantes démontées par les fact-checkers, qui sont des rédacteurs chevronnés, l’évolution inquiète. Surtout quand on sait que les milieux hypraconservateurs qui soutiennent un Donald Trump ne leur font pas du tout confiance.

Décidément, @Haine ou @Amour constituent de faux témoins à récuser de toute urgence sur les réseaux.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)