Légèreté de l’été (2/7)

L’amour «des îles» est cruel, car il est sans attache

Notre chroniqueuse des lundis de l’été évoque les romances de vacances, passagères, triviales souvent

C’était dans un petit port néoclassique des Cyclades. L’éclat de Vénus résistait à la lueur de l’aube derrière les jalousies, il avait un prénom mythologique et un accent charmant quand il murmurait en anglais. Au retour, j’ai lu Eschyle. Quand j’y suis retournée, après une année de grisaille, Il était marié. L’été est la saison du désir, pas des engagements.

Maintenant, il existe des clubs de vacances éthyliques où, pour un forfait minime, on peut passer la semaine perfusé au bar. Quels souvenirs rapporte-t-on des étreintes dans ces camps? Se plonge-t-on dans les guides de cocktails avec mélancolie? Jamais d’attachement, conseille une amie, sinon c’est le syndrome du coquillage hors de l’eau, il ternit loin de son environnement naturel. Elle l’a expérimenté en invitant un GO du Club Med chez elle, un mois de novembre, encore pantelante de leurs nuits aoûtiennes. Mais dans le café en bas de son immeuble, rien à lui dire. Même son pull triste la rebutait. L’amour d’été est cruel. Seule la sensualité immédiate jubile. Immense injustice pour les esprits brillants, mais raides du bassin sur la piste de danse de Rimini, ils rentreront bredouilles.

L’amour d’été est trivial aussi. Mon initiation fut brutale. J’avais 10 ans, il m’avait donné rendez-vous sur une plage sarde pour échanger mon premier baiser. Il a débarqué flanqué d’une petite copine, ce qui n’était pas prévu, et nous a embrassées à tour de rôle. L’appétit estival, sans doute. Un autre ami m’a raconté que sa grand-mère baptisait déjà, au siècle dernier, les trains des stations balnéaires des dimanches d’août «le train des cocus». Parce que les maris rentraient en ville chercher des maîtresses, pendant que les épouses délaissées en vacances se consolaient dans les bras des moniteurs de tennis.

Finalement, l’amour, je l’ai trouvé en hiver.


Chronique précédente

Vingt images «irrésistibles» à partager pendant vos vacances

Publicité