Charivari

L’amour, le meilleur des Botox

OPINION. Il fait froid, la neige arrive et la vieillesse n’aide pas. L’antidote à tout ça? Aimer, bien sûr! Notre chroniqueuse plane pour nous

On fait tout un plat des rides, de la peau qui pend, des articulations qui crient ou de la prise de poids. Mais Anne Rosset a une définition plus juste de la vieillesse: selon cette comédienne performeuse, la vieillesse, c’est «de ne plus avoir ce petit feu évident, au cul, au cœur ou à la tête, qui fait la nique à la peur, au doute paralysant». Le feu, la flamme, l’envie, l’énergie. Se lever le matin et dire: «Oui, je le veux, ce nouveau jour avec tous ses possibles de folie!» La vieillesse n’est pas une affaire de corps. Ou en tout cas, elle n’est pas qu’une affaire de corps. C’est aussi, surtout, une affaire de désir. D’élan. Celui d’être vivant.

La fatigue et les heures creuses

Et ce foyer-là, il est visiblement compliqué à entretenir. Par deux fois, la semaine dernière, des femmes de scène autour de la soixantaine ont dit, avec talent, cette difficulté d’y croire encore. Elles ont évoqué la fatigue, les heures creuses, les jours sans joie. Les petits arrangements, pour ne pas dire les grands renoncements. D’un côté, Claude-Inga Barbey dans Femme sauvée par un tableau. Magnifique face-à-face entre Doris Ittig qui joue une épouse trompée, naïve, dépassée et Claude-Inga, sa rivale de fiction, certes instruite et rusée, mais tout aussi désenchantée. C’est à Saint-Gervais, ce théâtre genevois transformé en hôtel où des artistes capitaux font escale.

De l’autre côté, Rossella Riccaboni, au Théâtre du Loup. Qui dirige Anne Rosset, évoquée plus haut, et six autres femmes formidables dans My Cha Cha Garden. Une création kaléidoscope sur l’aventure des Sœurs Cha Cha, compagnie de danse contemporaine des années 80. Nostalgique? Non, car des gamines côtoient des aînées et la troupe est joyeuse. Mais ce spectacle a comme une ombre, une mélancolie. Celle, pour certaines, d’avoir été et de ne plus pouvoir être «tout à fait»…

«Un feu, justement…»

Eh bien, moi, j’ai la solution. Bien ringarde, par les temps d’indépendance et de méfiance qui courent. Mon tremplin à moi, c’est l’amour. Un homme, une femme, plusieurs hommes, plusieurs femmes, des amants, des amis, peu importe. Mais aimer, oui, ça, ça fait planer. Déjà, ça tient chaud, on n’est jamais trop prudent avec la neige qui déboule. Surtout, ça ouvre des voies, ça trace des pistes, ça donne un élan – un feu, justement. Aimer, c’est un truc au carré. On donne et on reçoit des tonnes. On est dépendant(e), quand on aime? Exposé(e)? Tant mieux. Je ne crois pas à cette fable déprimante de la solitude et de la liberté. Pour moi, l’homme n’est heureux qu’associé, emmêlé. Aimez et vous resterez un(e) gosse pour l’éternité!


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