Etonnante semaine. Tout y a été dit, ou presque, sur l’état du monde avec cette façon, d’abord, dont la Chine a fait comprendre qu’elle ne craignait plus personne, cette gifle que Barack Obama a, ensuite, envoyée à l’Europe en lui disant qu’il n’aurait pas de temps pour elle tant qu’elle n’existerait pas et cette tentative, enfin, de Paris et Berlin de donner un vrai poids à l’Union en coordonnant leurs politiques économiques et internationales.

Tout commence donc dimanche, lorsque les Chinois font savoir qu’ils prendront des sanctions commerciales contre les entreprises américaines – Boeing en tête – qui contribueront aux ventes d’armes à Taïwan autorisées par la Maison-Blanche. C’est du jamais vu. Jamais la Chine n’avait ainsi menacé des entreprises dont elle a autant besoin qu’elles ont besoin d’elle. Jamais la Chine n’avait ainsi pris en otage des échanges sur lesquels elle a fondé son essor depuis trois décennies et tout Washington en est retourné.

Est-ce le début d’une vraie crise, se demandent, aussitôt, journaux, sinologues et instituts de recherches? Est-ce la fin de l’illusion lyrique sur la démocratisation et l’occidentalisation de la Chine par la grâce des échanges commerciaux et d’une croissance économique porteuse d’ouvertures? Faut-il commencer à craindre sa puissance, entend-on, et les réponses tendent toutes au «oui».

Tout semble se passer comme si, forte de la rapidité avec laquelle elle a surmonté la crise et de la lenteur avec laquelle l’Amérique et l’Europe s’en remettent, la Chine se sentait à même de s’affirmer en superpuissance politique et non plus seulement économique, assez incontournable, désormais, pour ne plus ménager les Etats-Unis et leur rappeler qu’ils doivent compter avec elle. C’est un coup de tonnerre mais que dire de l’épisode suivant, de ce camouflet qu’inflige, le lendemain même, Barack Obama aux Européens en faisant annoncer que, non, il n’aura pas le temps de participer au prochain sommet euro-américain, fin avril, à Madrid?

Là aussi, le monde a changé. Un président américain bien trop jeune pour avoir été marqué par la guerre, devenu adulte aux temps de la fin du communisme et du réveil asiatique, vient de dire aux Européens qu’on ne peut pas compter sans exister, qu’aucun de leurs pays n’est de taille à s’imposer en interlocuteur privilégié des Etats-Unis et que, s’ils ne veulent pas que l’UE s’affirme sur la scène internationale, il n’a pas de temps à perdre avec elle dans des sommets sans objet.

Rappelez-moi quand vous vous serez décidés à être, vient-il de dire aux Européens, et il ne se passe que trois jours – pur hasard de calendrier mais combien symbolique – avant qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy n’annoncent, jeudi, qu’ils tenteront de relever le gant.

L’important n’est pas tant ces 80 mesures grâce auxquelles ils veulent rapprocher plus encore leurs pays. L’important est que la crise de Wall Street les ait décidés, depuis l’été dernier, à essayer de faire de l’Union une force de régulation des marchés, qu’ils veuillent, pour cela, parler d’une seule voix au Conseil européen et sur la scène internationale et qu’on puisse bientôt juger de leur détermination puisqu’ils s’apprêtent, disent-ils, à faire des propositions communes sur le gouvernement économique de l’Union, à prendre des initiatives sur le Proche-Orient et à lancer une réflexion commune sur la réforme du système monétaire international.

La Chine hausse le ton. L’Amérique n’a plus de temps à perdre. La locomotive européenne est relancée. C’est peut-être en 2010 que ce siècle aura commencé, dans le brouillard mais nouveau.

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