Mon amie Alexia est folle de joie. Séparée peu avant Noël, elle s’est inscrite sur un site de rencontre à la rentrée, le big M, nirvana de beaucoup de quadras et, quelques jours après, elle avait déjà trouvé l’amoureux parfait. Bien sûr, il est trop tôt pour un mid-term bilan, mais les premiers moments sont fulgurants. Enseignant comme elle et, comme elle, père de deux enfants, Fédor est curieux des autres sans être dispersé, inventif sans être hystérique, drôle sans être lourd. Il la comprend, la surprend, la désire et la fait rire. Le rêve pour cette femme raffinée, maman de deux ados costauds, qui avait quitté son précédent compagnon parce que le douillet, amateur de voyages astraux, ne supportait pas la douleur du monde, ni sa laideur, parfois… On comprend la joie d’Alexia.

Mon amie Véra est restée baba. Si elle en croit les dernières nouvelles du front, un médicament pour inverser le cours de la myopathie a vu le jour aux Etats-Unis. Il s’agit d’une thérapie génique qui peut non seulement stopper l’atrophie musculaire à l’œuvre dans cette maladie, mais aussi reconstruire les muscles affectés. Le rêve pour cette maman qui, au fil du temps, a vu Léo, son fils de 20 ans atteint de la myopathie de Duchenne, devenir de plus en plus handicapé. Aujourd’hui, le jeune homme se déplace en fauteuil roulant, a besoin d’une assistance pour se doucher, s’habiller et se mettre au lit, et peine à porter les aliments à sa bouche, car ses bras sont aussi touchés. On comprend l’immense soulagement de Véra.

Mes collègues de l’Hebdo et du Temps n’en reviennent pas. Après des années de disettes publicitaires et d’abonnements péclotants, la tendance s’est inversée. Alertés par la menace qui pèse sur la presse de qualité, les lecteurs de Suisse romande et d’ailleurs ont à nouveau décidé de payer pour lire une information pensée, documentée et positionnée. Du coup, face à ce raz-de-marée populaire, les annonceurs sont revenus en masse acheter des espaces publicitaires et les chiffres, en hausse, ont permis de renforcer les effectifs et d’améliorer le suivi de l’actualité. On comprend la stupeur réjouie de mes collègues et amis.

Eh oui. Pour la première fois depuis son apparition, le Charivari relève de la pure fiction. Mieux, de l’utopie. C’est qu’il en faut, du rêve, du courage et encore du rêve, pour continuer à avancer malgré les revers amers. Quelle tristesse, cette mise à mort de «l’Hebdo»! Quelle déception, cette dernière, mais sans doute pas ultime, restructuration! L’an 2017 aurait pu être si bon pour le cœur et la tête…


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