La crise financière risque d'avoir un impact négatif sur plusieurs projets politiques provenant des cuisines du Conseil fédéral. Si la droite nationaliste se réjouit déjà de l'effet qu'elle pourrait avoir sur la libre circulation des personnes, deux conseillers fédéraux peuvent se faire du souci pour les prochains mois: Hans-Rudolf Merz et Doris Leuthard.

Les Démocrates suisses, la Lega tessinoise et les Jeunes UDC se frottent déjà les mains. Ils espèrent que la crise créera suffisamment d'inquiétudes pour que la population tourne le dos à la libre circulation des personnes. Ce risque existe, mais la votation interviendra rapidement - le 8 février 2009.

Si l'on en croit la majorité des instituts conjoncturels, et sous réserve de l'évolution à venir, l'économie suisse devrait toujours se trouver en phase de croissance à ce moment-là, mais à un rythme plus lent qu'en 2007 et au début de cette année. Et les milieux économiques et les autres partis politiques se chargeront de vanter la contribution de la main-d'œuvre étrangère à la croissance.

Le bilan est de ce point de vue extrêmement positif. Grâce à la libre circulation, les entreprises ont pu disposer des bras dont ils avaient besoin pour actionner les leviers de la croissance lorsque celle-ci fut particulièrement forte. Notamment dans les secteurs comme la construction, l'hôtellerie, la restauration, où la main-d'œuvre suisse ne suffit pas à répondre aux besoins. Le risque que la crise financière et le ralentissement économique qui l'accompagne compromettent la reconduction de la libre circulation et son ouverture à la Roumanie et à la Bulgarie paraît dès lors mesuré. Mais il faudra rester vigilant durant la campagne, car la Suisse ne peut tout simplement pas renoncer à la libre circulation avec les pays de l'UE.

Les conséquences de la crise risquent d'être plus dommageables pour au moins trois autres réformes lancées en période de beau temps économique: la simplification de la TVA, la hausse de cet impôt pour assainir l'assurance invalidité et la révision de l'assurance chômage. Ces trois projets ont un point commun qui risque d'en causer la perte: ils se traduisent tous par un relèvement des taux d'imposition ou de cotisation, c'est-à-dire, en d'autres termes, par un coup de dents dans le pouvoir d'achat.

La réforme de la TVA ne constitue pas a priori un alourdissement de la charge fiscale. Du moins dans l'esprit de Hans-Rudolf Merz. L'introduction d'un taux unique de 6,1% prévoit certes de réduire la charge fiscale qui pèse sur certaines marchandises (vêtements, chaussures, audiovisuel, électroménager, repas au restaurant, etc.), mais il provoque le renchérissement des produits alimentaires, des livres, des journaux.

Le projet du ministre convalescent prévoit encore de supprimer la plupart des exceptions, ce qui équivaut à ajouter la TVA aux coûts déjà élevés de la santé, par exemple. Les associations de défense des consommateurs estiment que la facture globale nette sera plus lourde pour les ménages, contrairement à ce qu'affirme Hans-Rudolf Merz.

En parallèle, le Conseil fédéral et le parlement demandent à la population d'approuver une hausse de la TVA de 0,4 point dans le but d'assainir l'assurance invalidité, dont la dette dépasse 10 milliards de francs. La votation aura lieu le 17 mai 2009. A Berne, nombreux sont ceux qui prédisent un échec devant le peuple. Il sera très difficile de convaincre celui-ci de payer ses achats plus cher dans le but de remettre l'AI, dont le nombre de bénéficiaires augmente à nouveau (LT du 08.10.08) sur les rails.

De son côté, Doris Leuthard a transmis au parlement un projet de révision de l'assurance chômage qui demande, elle aussi, aux gens de mettre la main au porte-monnaie. Le taux de cotisation doit être porté provisoirement de 2% à 2,3%, avant de redescendre, plus tard, à 2,2%. Une cotisation de solidarité de 1% est également requise pour les tranches de salaire dépassant le gain assuré (126 000), mais jusqu'à 315000 francs au maximum. Cette réforme s'accompagne d'un nouveau durcissement du droit aux prestations. L'objectif est, comme pour l'assurance invalidité, d'éliminer la dette, qui s'élevait à 4,8 milliards l'an dernier.

Toutes lancées alors que le contexte économique était florissant, ces ponctions financières toucheront les ménages à un moment où leur pouvoir d'achat sera affaibli. Dans le contexte actuel, les négociations salariales de l'automne s'annoncent difficiles. Il y a quelques mois, la compensation intégrale du renchérissement, qui frise les 3%, semblait possible. La crise financière incite désormais les entreprises à la plus grande prudence. De sorte que les salariés risquent de devoir se contenter d'adaptations inférieures à l'évolution de l'indice des prix. Voilà qui ne les incitera guère à accepter de payer davantage de TVA ou de sacrifier une partie plus élevée de leur revenu pour assainir les assurances sociales.

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