Dégel au Proche-Orient? Au lendemain de la conclusion d'un cessez-le-feu dans la bande de Gaza, un vent d'optimisme souffle en tout cas sur Jérusalem et sur Ramallah. En effet, s'exprimant lundi devant la tombe du fondateur de l'Etat hébreu, David Ben Gourion, Ehoud Olmert a promis aux Palestiniens d'évacuer de larges parties de la Cisjordanie et de démanteler une série de colonies en échange d'une «paix véritable». Il a évoqué la création d'un Etat palestinien «dont les frontières seraient reconnues» et s'est engagé à faire libérer de «nombreux détenus», y compris des personnes condamnées à de lourdes peines, si le caporal Gilad Shalit (enlevé le 25 juin dernier par des miliciens islamistes de Gaza) était également relaxé.

Des propos bien accueillis par l'Autorité palestinienne. Mais le chemin de la paix entre les Israéliens et les Palestiniens reste parsemé d'embûches. Car, avant d'envisager la reprise d'un quelconque processus de paix, les deux parties devront maintenir la «houdna» (trêve) à Gaza et en conclure une autre en Cisjordanie. Une gageure.

Dans la foulée, l'AP devra mettre en place son nouveau gouvernement d'union nationale censé reconnaître le droit à l'existence de l'Etat hébreu et démanteler les milices autonomes, vecteurs d'anarchie. Quant à l'opinion israélienne, elle devra s'habituer à l'idée que plus d'un millier de Palestiniens habituellement présentés comme «des terroristes ayant du sang sur les mains» retrouveront la liberté et qu'une partie des terres occupées depuis 1967 lui échappera sans doute définitivement.

Ce ne sera pas facile. Déjà, des groupes extrémistes palestiniens tels le Djihad islamique, les Comités de résistance populaire et les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa (les ultras du Fatah) tentent de torpiller le cessez-le-feu en poursuivant à partir de Gaza des tirs sporadiques de roquettes Kassam sur la ville israélienne de Sderot. Quant aux nationalistes israéliens et au «Yecha» (le lobby des colons), ils s'acharnent à convaincre les médias que le cessez-le-feu ne tiendra pas, que les Palestiniens ne sont pas sincères, et que tout cela n'est qu'un jeu de dupes destiné à favoriser le renforcement des organisations terroristes.

Pourtant, les commentateurs des deux camps estiment que, contrairement à celles conclues en 2003 et 2005, la trêve du 25 novembre a des chances de durer quelque temps. Parce qu'Olmert et Abbas ont un intérêt commun à essayer de la prolonger. Voire à aller plus loin sur le chemin du rapprochement.

En effet, décrédibilisé par les piètres résultats de la guerre au Liban, le premier ministre de l'Etat hébreu est au plus bas dans les sondages depuis près de trois mois. Ceux-ci affirment que, si des élections législatives devaient se dérouler aujourd'hui, Kadima (le parti du premier ministre) ne récolterait pas plus d'une quinzaine de sièges sur les 120 que compte la Knesset. Il se transformerait donc en une petite formation d'appoint, dont la présence dans le gouvernement ne serait même pas assurée.

Les enquêtes d'opinion, qui se répètent au rythme de quatre à cinq par semaine, confirment également que les Israéliens considèrent le chef de leur gouvernement comme un homme «corrompu et incompétent». Ils lui reprochent notamment son «manque de charisme», son «manque d'initiative», ainsi que la «vacuité de son action gouvernementale».

En négociant un cessez-le-feu à Gaza et en lançant un appel à la reprise des négociations avec les Palestiniens, Olmert a non seulement surpris ses nombreux détracteurs, il a également repris l'initiative face à ceux qui prédisaient déjà la chute de son cabinet dans moins d'un an et sa disparition définitive de la scène politique.

Du côté palestinien, cette «houdna» permet également à Abbas de reprendre du poil de la bête après avoir été longtemps marginalisé par le Hamas. Souvent présenté comme un «personnage falot» par ceux qui le comparent à Yasser Arafat, le président de l'AP a patiemment attendu de voir le Hamas s'enferrer dans son discours extrémiste. Faute d'avoir pu gouverner, cette organisation a perdu beaucoup de son aura, et ses supporters sont désenchantés.

Abbas sait que les Palestiniens sont fatigués des affrontements avec Israël, de l'anarchie permanente dans les Territoires, des règlements de comptes entre factions rivales, et des sanctions économiques internationales qui les étranglent. Il sait aussi que, en raison de la situation dans les Territoires, personne n'osera s'opposer sérieusement à l'idée d'une trêve susceptible de déboucher sur un processus plus sérieux.

Le moment convenait donc pour mener des négociations secrètes avec Olmert, et c'est ce qui a été fait dans le courant de ces dernières semaines. Mais, pour autant qu'il y en ait une, la suite du processus bénéficiera de beaucoup plus de publicité et elle sera plus ardue. Nul ne sait d'ailleurs où elle mènera.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.