La vie à 25 ans

De l’angoisse d’être seul(e) en public

OPINION. Manger au restaurant, assister à un spectacle ou un concert en solo reste une expérience gênante et difficile. Pourtant, elle est pleine d’avantages, constate notre chroniqueuse

Au début du film Mean Girls (2004), Cady, jouée par une pimpante Lindsay Lohan, débarque dans la cafétéria de son nouveau lycée. Plateau en main, elle observe quelques secondes la rangée de tables où s’agitent des ados hilares… et file manger aux toilettes. Soit, la référence n’est pas des plus savantes, mais elle illustre à merveille un phénomène bien réel: l’angoisse d’être seul(e) en public.

C’est un fait, la solitude, on ne l’aime pas tous pareil. Il y a ceux qui ne vivent que pour leurs cinq colocataires et d’autres, comme moi, que l’idée d’une soirée canapé en solo ravit. Rien de tel pour faire le vide après une semaine agitée. Mais transposez ce même canapé dans un café en ville et là, je panique. Il y a fort à parier que vous aussi.

Le solitaire, ce loser

La faute aux regards extérieurs, qu’on fantasme immédiatement. Cette impression que l’entier du restaurant vous observe, avec curiosité et pitié, songeant que votre vie doit être bien triste si on en est réduit à dîner sans compagnie. Le serveur: «Vous attendez quelqu’un?» Carrément gênant. Alors, les fois où l’on n’y échappe pas – en déplacement professionnel, par exemple – on feint d’être occupé en lisant un bouquin ou, grand classique, en scrollant frénétiquement sur son écran. Et c’est pareil dans tous les lieux «de socialisation»: le théâtre, la plage, le cinéma, quoique l’expérience soit moins intimidante dans le noir.

En solo au resto? Lire: Enfin seul à table

Le vrai problème, c’est qu’on a tous tendance à considérer le solitaire comme un loser, et sa situation plus subie que choisie. Alors qu’en réalité, il y a plein d’avantages à sortir seul. On compose son propre programme, pas besoin de faire la conversation si l’on n’en a pas envie et surtout, on ne se prive pas d’un événement juste parce qu’on n’a trouvé personne pour nous accompagner.

Coincée dans la foule…

C’est la raison pour laquelle je me rends parfois seule à des concerts. Le dernier, celui d’une jeune chanteuse norvégienne, date de la semaine dernière. Si l’angoisse s’apprivoise au fil des ans, j’avais tout de même soigneusement calculé mon heure d’arrivée, histoire de ne pas piétiner trop longtemps devant une scène vide. Mais je l’avoue, coincée dans la foule, j’ai commencé par envoyer des messages, tête baissée sur mon smartphone. Puis j’ai réalisé: personne ne faisait attention à moi. Ni ce Tessinois aux tatouages dans le cou, ni ce couple partageant langoureusement un chewing-gum.

Et quand le show a commencé, j’ai enfin arrêté de réfléchir. Et j’ai fait ce qu’on ne fait jamais aussi bien que lorsqu’on est seul: vivre le moment intensément.


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