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opinions

L’animal, un sujet de droit?

Jean Romain, philosophe et écrivain, estime, à l’occasion du débat sur les avocats pour animaux, que le traitement des animaux incombe à la responsabilité morale de l’homme, et à elle seule

La proposition d’un avocat pour animaux, soumis au vote le 7 mars prochain, oblige à réflexion. On veut à juste titre défendre les animaux contre les mauvais traitements que les hommes leur font subir. Défendre les bêtes parce que l’homme a des devoirs est une chose, proposer une charte des droits de l’animal ou un avocat pour animaux en est une autre. Notre démocratie a donné naissance à un type de critique qui redonne sa place à l’animal ainsi qu’à la nature: l’écologisme. Mais il n’existe pas un seul écologisme, il y en a de multiples et, en suivant Luc Ferry [ Le Nouvel Ordre écologique, Grasset, 1992], mettons un peu d’ordre dans cette nébuleuse.

En fait, trois courants d’écologie se dessinent:

D’abord l’humanisme écologique. C’est le moins doctrinaire des trois car il part de l’idée qu’à travers la nature c’est encore l’homme qui est au centre de ses préoccupations. C’est lui qu’il faut protéger, parce que c’est lui qui représente la valeur indépassable. L’environnement n’a pas une valeur en soi, mais il doit être protégé parce que l’homme y vit, et c’est la qualité de sa vie qui est en question si cet environnement n’est pas sain. Il s’agit donc d’un anthropocentrisme: ce n’est pas la nature mais l’homme, parce qu’il a des droits, qui est au centre.

Le deuxième courant prône la libération de l’animal. Cette pensée (Peter Singer en est le chantre) accorde une valeur à certains êtres non humains, et estime qu’il faut tendre à diminuer les souffrances autour de nous. Tout être vivant (homme ou animal) susceptible d’éprouver du plaisir ou de la peine doit être tenu pour un sujet de droit. Il existe donc un droit de l’animal. Mais il est clair qu’à la notion de droit correspond celle de devoir. A ce propos, en Allemagne, n’a-t-on pas vu récemment un teckel accusé, et mis en procès?

La troisième tendance défend les droits des végétaux. C’est le plus radical des écologismes. Cette pensée revendique des droits pour la nature en tant que telle, c’est-à-dire pour les arbres, les rochers, les déserts, les montagnes, les volcans. Ce n’est plus l’homme, parce qu’il a une valeur, qu’il faut protéger mais le cosmos entier. L’écosystème est porteur d’une valeur sacrée. L’homme y est considéré comme une espèce plutôt nuisible. Il s’agit d’un écologisme intégriste dont les thèses sont souvent antidémocratiques.

Mais est-il légitime de prôner autre chose que les droits de l’homme? S’il faut respecter l’animal c’est parce qu’il y a de l’humain sur terre, et si l’homme maltraite l’animal, n’est-ce pas à dire que l’homme n’honore pas ses devoirs? Tout irrespect de la vie est, par un effet de boomerang, une atteinte à la dignité humaine. Mais l’homme, en raison de sa nature universelle, parce qu’il doit être responsable s’il veut être libre, est le seul qui puisse posséder des droits… et des devoirs.

Or la tendance de notre modernité tardive pousse à ne concevoir le mal que lorsqu’on nuit à autrui. La notion de devoir ne devient pertinente que lorsqu’il est question de devoir envers autrui et jamais envers soi-même. Ainsi l’obligation de respect ou de devoir envers soi-même est tombée peu à peu en désuétude. Maltraiter un animal est en fait une faute à l’obligation intérieure de l’humain: c’est une obligation envers soi-même que de respecter toute vie sur terre. Cette vision, assez kantienne somme toute, n’a plus cours aujourd’hui où les obligations envers soi-même périclitent. Notre époque s’est détournée de l’effort de sanctification de l’auto-morale. Et le système des devoirs envers soi-même a perdu toute autorité, tout comme la vision du respect de l’humanité en sa propre personne.

Tant et si bien que nos démocraties tardives connaissent une hallucinante prolifération de «droits» nouveaux. Chaque groupe spécifique revendique ses «droits» particuliers: droits des Blancs, droits des Noirs, des étrangers, des autochtones, droits des élèves, droits des minorités, des phoques, des loups, etc. Or ces «droits» sont contradictoires entre eux, et les droits universels de l’homme commencent à se dissoudre dans un fatras de droits particuliers. En prétendant moderniser la démocratie qui est la nôtre, il s’agit en fait d’une attaque en règle contre cette démocratie, attaque d’autant plus difficilement repérable qu’elle a les dehors mêmes du libéralisme.

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© Gabioud Simon (gam)