Opinion

L’annulation du vote de Moutier et le rôle de l’UDC du Jura bernois

OPINION. Le rôle de l’UDC du Jura bernois a été décisif dans la procédure de recours sur le vote de Moutier puis la décision du Tribunal administratif bernois, estime Boris Oriet, auteur de l’étude «Migrations, élections, votations & tourisme à Moutier»

Le Tribunal administratif bernois a récemment confirmé l’invalidation du scrutin du 18 juin 2017, par lequel et avec 137 voix d’écart Moutier a décidé de rejoindre le canton du Jura. Par ce vote, les Prévôtois confirmaient une nette tendance autonomiste, observée depuis plus de trente ans que la ville élit des autorités favorables au divorce d’avec Berne.

Alors, que s’est-il passé? Qui est responsable de ce fiasco démocratique?

Le 30 mai 2017, quatorze pro-bernois portaient plainte auprès de la Préfecture du Jura bernois contre un message cosigné par le maire de Moutier et une élue peu versée dans le séparatisme, message qu’ils estimaient relever d’une propagande non admissible. La préfecture avait donc trois semaines pour exercer son mandat légal de surveillance et de conseil aux communes en invitant la municipalité à corriger son message si nécessaire. Mais il était incomparablement plus efficace, s’il s’agissait de faire annuler le scrutin en cas de résultat défavorable, d’attendre tranquillement de connaître ce dernier.

Des conditions de vote difficiles

Quant au registre électoral et aux 20 domiciliations fictives (dont celle d’un recourant pro-bernois, ça ne s’invente pas!), le Tribunal administratif a retenu des irrégularités qu’il était facile, avec un peu de bonne volonté, de corriger avant le scrutin. La loi bernoise dispose, outre la publicité de ce registre, que tout ayant droit peut réclamer la radiation d’un nom qu’il estime ne pas devoir y figurer. Au lieu de contribuer au bon déroulement du vote en réclamant des radiations, les pro-bernois ont préféré le torpiller en laissant passer le délai de radiation avant de recourir auprès de la préfecture.

Le Tribunal administratif a retenu des irrégularités qu’il était facile de corriger avant le scrutin

Le scrutin prévôtois du 18 juin 2017 s’est organisé et déroulé dans des conditions difficiles, avec notamment l’implication à tous les niveaux de l’UDC du Jura bernois (UDC-JB), le parti anti-jurassien par excellence, celui qui assimilait sur ses affiches de campagne les Jurassiens à des rats. Le conseiller d’Etat président de la Délégation bernoise aux affaires jurassiennes (DAJ) est issu de l’UDC-JB, laquelle a vivement soutenu l’élection de la préfète PLR chargée en première instance de traiter les recours des pro-bernois défendus par l’étude biennoise du seul député national du Jura bernois, UDC-JB lui aussi. C’est également l’UDC-JB, accompagnée d’un PLR à la botte, qui a fourni la majorité des seize recourants pro-bernois. Dans ces conditions idéales, il fut aisé pour l’UDC-JB de peaufiner une stratégie destinée à maintenir «par tous les moyens» Moutier dans le giron bernois.

Cette stratégie transparaît par exemple dans la question du vote par correspondance. La municipalité de Moutier avait réclamé son abolition. C’est la DAJ noyautée par l’UDC-JB qui l’a imposé par voie d’arrêté, car le vote par correspondance était réputé profiter (allez savoir pourquoi!) au camp pro-bernois. Il n’a pas été difficile, ensuite, aux recourants pro-bernois d’en contester les modalités et de faire admettre leur recours par une complaisante préfecture. Et que dit le Tribunal administratif à ce sujet? Il dit le droit, c’est-à-dire qu’il se réfère à l’arrêté combiné par l’UDC-JB pour admettre le recours filoguidé par l’UDC-JB.

La Berne cantonale n’a rien fait

Cependant, le Tribunal administratif «peine à comprendre» que les autorités bernoises et les observateurs fédéraux n’aient pas corrigé un vice formellement porté à leur connaissance un mois et demi avant le scrutin. Disons que la myopie du responsable des observateurs fédéraux peut s’expliquer par le fait qu’il était Bernois, tout comme d’ailleurs sa cheffe de département.

La Berne cantonale n’a rien fait pour surveiller et conseiller les autorités municipales prévôtoises. Elle a au contraire mis en place une stratégie destinée à fausser le résultat du scrutin et, cas échéant, saboter l’exercice démocratique en cas de résultat défavorable. Quant à la Berne fédérale, infiltrée par les Bernois, elle s’est abstenue de toute ingérence dans les grenouillages berno-bernois. La voilà, l’éternelle vérité de la Question jurassienne!


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