La modernisation rapide de l'économie chinoise, qui persiste depuis la politique d'ouverture et de réforme initiée par Deng Xiaoping à la fin des années 1970, a donné le jour à un pays qui, d'un point de vue économique, ressemble le plus souvent aux nations occidentales capitalistes, et non à la société socialiste que Mao et d'autres leaders chinois avant lui avaient envisagée.

Néanmoins, bien que le Parti communiste chinois (PCC) ait, dans les faits, largement abandonné l'idéologie communiste par laquelle il est venu au pouvoir, il a conservé pour beaucoup son caractère stalinien, dans la mesure où il s'appuie toujours sur des pratiques et des institutions répressives pour maintenir son emprise sur le pouvoir politique. Ceci n'est nulle part plus manifeste que dans l'utilisation par la Chine de l'emprisonnement pour réduire au silence et finalement briser les dissidents.

Comme dans la plupart des dictatures, l'emprisonnement, l'exécution, et la peur que ceux-ci génèrent ont toujours été les outils les plus puissants du PCC. Peu après avoir pris le contrôle de la Chine en 1949, il emprisonna des milliers de sympathisants du Guomindang, ainsi que des membres de la bourgeoisie et des propriétaires terriens, afin de consolider son pouvoir.

Au cours des trois décennies qui suivirent, le PCC mit en prison des millions de ses «ennemis» lors de nombreuses purges, dont la campagne «anti-droitiers» de la fin des années 1950 pendant laquelle j'ai moi-même été qualifié de «droitier contre-révolutionnaire» et condamné à vie sans aucun procès. Nombre de ces prisonniers ont été exécutés ou sont morts de faim, de maladie ou d'épuisement. Alors que des purges de cette ampleur ont cessé avec la mort de Mao, le PCC continue d'utiliser l'emprisonnement pour éliminer toutes les menaces perçues à son autorité.

Les remises en cause du règne du PCC - comme le mouvement du Mur de la démocratie, le mouvement étudiant démocratique de la place de Tiananmen et les insurrections survenues au Tibet en 1989 et cette année - sont écrasées par la force, et ceux qui y ont participé et qui ont survécu sont interpellés et emprisonnés.

Les formes plus subtiles de dissidence sont traitées avec non moins de dureté: des écrivains, des journalistes et des cyberdissidents sont régulièrement emprisonnés pour les activités les plus inoffensives, et ce plus que partout ailleurs dans le monde. Ces dernières années, le PCC a également entrepris des campagnes dirigées contre les activistes tibétains et ouïghours, les adeptes de la secte du Falungong, et les chrétiens non déclarés.

De telles campagnes sont rendues possibles grâce au droit chinois, qui permet aux autorités de placer des individus en détention pour une «rééducation par le travail» jusqu'à trois ans sans aucun procès ni aucune autre procédure légale.

Aujourd'hui, à l'approche des Jeux olympiques, il semble que, plutôt que de s'atténuer comme certains l'avaient présumé, de telles activités répressives se multiplient, tandis que le gouvernement s'engage dans une répression à grande échelle suscitée par l'hypersensibilité et un état de paranoïa qui se sont répandus au sein du PCC au cours des presque soixante années où celui-ci a régné.

Arrêter les dissidents revient à les réduire au silence, mais c'est le système pénitentiaire chinois inhumain, le Laogai, qui permet de les briser. Bien que le gouvernement chinois ait cessé, en 1994, d'utiliser le terme de Laogai, qui signifie «transformation par le travail», choisissant dorénavant de se référer simplement à ce système par le mot jianyu, «prison», il s'agit de bien plus qu'un système pénitentiaire normal.

A l'intérieur de ce système constitué de plus de mille camps de prisonniers et établissements de détention, la vie est très rude pour les prisonniers. Ils sont tous exploités sous la forme du travail forcé - la construction, l'industrie, l'agriculture, l'exploitation des mines, etc. - et ce, souvent dans des conditions dangereuses. Ils reçoivent peu de nourriture, des soins de santé insuffisants, et aucun salaire. Nombre d'entre eux subissent l'humiliation et la torture.

De plus, bien que leur nombre exact soit secret d'Etat, nous savons que des milliers de ces prisonniers sont exécutés chaque année, les organes de la plupart étant recueillis pour fournir 95% des organes utilisés pour les transplantations médicales en Chine. Par conséquent, il n'est pas difficile de voir combien le Laogai représente un outil important de contrôle et d'intimidation pour le PCC.

La Chine n'est peut-être pas un pays communiste classique, mais elle est toujours et sans aucun doute une dictature totalitaire. La dissidence n'est pas plus bienvenue maintenant qu'elle l'était il y a vingt-huit ans, lorsque je fus arrêté pour la première fois. En réponse aux récentes vagues d'arrestations que nous avons pu suivre, je ne peux honnêtement pas dire que je sois le moins du monde surpris.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.