Éditorial

L’apaisement n’est pas une défaite

ÉDITORIAL. La tentation des «gilets jaunes» de poursuivre leur mobilisation est logique. Mais une trêve sociale est aujourd’hui justifiée. La France, en cette fin d’année, doit réapprendre l’exigence du débat démocratique

Il ne s’agit pas de baisser pavillon. Ce samedi, les «gilets jaunes» qui choisiront de rester chez eux ou de ne pas repartir à l’assaut de Paris et des métropoles ne seront pas des défaitistes.

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Le moment est venu, à l’issue d’une semaine marquée par les annonces d’Emmanuel Macron et par l’attentat de Strasbourg, d’oser une trêve pour tester les engagements de part et d’autre. Au pouvoir exécutif la mission d’accoucher, dans les jours prochains, des primes de revenus et des suppressions de taxes proposées par le président de la République. Aux collectifs de «gilets jaunes» de démontrer qu’ils ne sont pas dépassés par la volonté d’en découdre et par la tentation du chaos.

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Il ne s’agit pas, non plus, de nier l’importance de ces prochaines semaines. Si le sentiment s’installe, dans cette France qui souffre tant d’un sentiment de déclassement, que le mois de mobilisation écoulé n’a servi à rien, le danger social et politique sera maximal dès les premiers jours de 2019. En choisissant le dialogue direct avec les «gilets jaunes», en réaffirmant que sa légitimité vient du peuple et en promettant une grande consultation démocratique (entre autres avec les maires de France), Emmanuel Macron s’est fixé une échéance qu’il est obligé de respecter.

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Recréer du lien

Ne rien changer aux méthodes d’action gouvernementales où la technocratie l’emporte à tous les étages et ne pas rompre spectaculairement avec son approche «jupitérienne» du quinquennat relèverait de la provocation. L’urgence est de recréer du lien, ce lien que les manifestants trouvent paradoxalement sur les barrages et sur leurs lieux de regroupement spontané. La colère engendrée par les fins de mois difficiles est exacerbée par le sentiment qu’ont de nombreux Français de ne plus être écoutés, de ne pas participer et de ne pas pouvoir contrôler l’action de ceux qu’ils ont élus.

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Il s’agit donc de parier sur la France. L’attentat de Strasbourg a, tragiquement, de nouveau écorné son image à l’étranger. Le tourisme d’hiver est en berne. L’économie subit de plein fouet la bourrasque des «gilets jaunes». Miser dans ce contexte sur la confrontation violente n'est pas acceptable. L’alternative est de choisir l’accalmie vigilante. L’entourage élyséen d’Emmanuel Macron, les membres du gouvernement, les députés de la majorité doivent comprendre qu’ils sont désormais sous surveillance. Ce quinquennat n’a pas d’autre choix, face à la fièvre jaune, que de se réinventer.

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