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Lapinot aussi fort que Sherlock

Quatorze ans après l’avoir tué, Lewis Trondheim a choisi de ressusciter son personnage fétiche. Soudainement, le monde est un peu meilleur

Il est là sur un banc, l’air de rien, avec son t-shirt noir à tête de mort et une oreille pendante. Son copain Richard lui lance alors: «Si tu mourrais, tu voudrais que j’aille dans un univers parallèle où tu n’es pas mort et que je te ramène ici?» Et Lapinot de lui répondre d’un définitif: «N’importe quoi.»

Oui, vous avez bien lu: Lapinot, cet attachant lapin toujours un peu paumé, créé en 1992 par Lewis Trondheim dans Lapinot et les carottes de Patagonie, une brique imposante et foutraque qui en France avait fait voler en éclats la sacro-sainte règle des albums cartonnés de 48 pages et ouvert la voie à une nouvelle génération de dessinateurs: Joann Sfar, JC Menu, Stanislas, Mattt Konture, David B., Killoffer. Lesquels inspireront ensuite Manu Larcenet, Riad Sattouf et bien d’autres.

Mais revenons à Lapinot, qui est donc bel et bien vivant. On ne sait pas s’il évolue désormais dans un univers parallèle ou si Richard l’a ramené du purgatoire, mais on se rappelle bien qu’en 2004, dans La Vie comme elle vient, Trondheim avait choisi de le sacrifier.

Comme tant d’autres auteurs avant lui, il avait tué sa créature, comme ça, sans crier gare. Et c’était son plus grand droit, comme lorsque en 1891 Conan Doyle décidait de précipiter Sherlock Holmes dans les chutes du Reichenbach, près de Meiringen, dans le canton de Berne.

Assister impuissant à l’assassinat du détective par son ennemi Moriarty avait pour le moins contrarié les fans d’un des plus grands héros littéraires du XIXe siècle. Du coup, trois ans plus tard, Conan Doyle revenait sur sa décision: non, Holmes n’était pas mort, il en avait juste profité pour vivre incognito.

Interview de Lewis Trondheim: «Je me prends quand même au sérieux»

Trondheim, lui, dit ne pas avoir cédé à la pression des lecteurs, mais concède qu’il est ravi de leur faire plaisir. Cet album qui inaugure «les nouvelles aventures de Lapinot» s’intitule joliment Un monde un peu meilleur. Il voit le dessinateur se confronter par la bande à l’actualité, évoquer le djihadisme et les chaînes d’info en continu.

Pour mieux les tourner en dérision, bien sûr. La lecture de cette bande dessinée rend l’espace d’un instant, il est vrai, le monde un peu meilleur. Les héros de fiction seront dans le fond toujours plus forts que les humains par ce super-pouvoir qu’ils ont d’être capables de ressusciter.

Et si, dans la foulée, Trondheim en profitait pour relancer la saga d’heroic fantasy parodique Donjon, lancée en 1998 avec Sfar et abandonnée il y a trois ans après la sortie des tomes 35 et 36, alors qu’à l’origine les deux compères en prévoyaient 300? Là, le monde serait carrément merveilleux.


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