Pensez année 2020 et fiasco chez Credit Suisse. Il vous viendra certainement à l’esprit le départ de Tidjane Thiam, poussé vers la sortie en février à la suite du scandale des filatures d’employés. Ajoutez à cela l’irruption de la pandémie et on oublierait facilement les autres errements de l’établissement au cours de cette année très spéciale, pour sauter directement aux deux débâcles retentissantes de 2021: Greensill et Archegos.

Pourtant, avant ces deux faillites qui coûteront plusieurs milliards de francs à la deuxième banque helvétique, il y a eu des couacs et des alertes pour Thomas Gottstein, qui a repris la direction après le départ du Franco-Ivoirien. On peut même dire que Credit Suisse a été sur tous les mauvais coups de ces derniers mois – ou presque.

La fraude Wirecard

Exemples? L’établissement s’est retrouvé mêlé à la monumentale fraude Wirecard, la société allemande spécialisée dans les systèmes de paiement, qu’on découvre en juin. La banque suisse lui avait confectionné des obligations convertibles en actions, qu’elle avait vendues à des investisseurs, alors que des doutes commençaient déjà à transpirer dans la presse sur les comptes gonflés de Wirecard.

Autre exemple? Luckin Coffee, du nom de la chaîne de cafés chinoise que Credit Suisse a aidé à introduire en bourse. Un succès, jusqu’à ce que le scandale éclate en juin aussi: les chiffres des ventes avaient été complètement exagérés, ce que certains avaient pourtant déjà remarqué.

Lire aussi: Credit Suisse éclaboussé par le scandale Luckin Coffee

L’affaire Greensill

A l’été 2020, Credit Suisse est alertée sur de potentiels problèmes dans ses fonds liés à Greensill (ceux qu’elle a dû commencer à liquider en mars dernier). Des médias pointent un risque de conflit d’intérêts: le fondateur de SoftBank, le fonds d’investissement japonais dans la tech, a investi dans les véhicules de Credit Suisse. Cela alors même que figurent dans ces fonds des sociétés aussi soutenues par SoftBank. La banque ouvre une enquête, puis conclut que tout va bien. Elle accorde en outre un prêt relais à Greensill à l’automne, alors que les problèmes de la société deviennent de plus en plus visibles.

Limitons-nous à ces affaires, pour faire court. Mais il y en a eu d’autres. Elles se soldent aujourd’hui par de grosses pertes, une atteinte immense à la réputation de la banque (et un peu au sérieux de la Suisse aussi), des bonus et des dividendes coupés, de même que des départs forcés.

Les deux capitaines s’en sortent bien

Les deux principaux capitaines ne s’en sortent pas trop mal. Car Credit Suisse se trouve dans une période de transition. Son président, Urs Rohner, va quitter la banque à la fin du mois, après dix ans et un bilan mitigé – c’est un euphémisme. L’action Credit Suisse a perdu 70% de sa valeur au cours de son règne. Quant à son directeur général, en poste depuis un peu plus d’un an, il peut se défausser sur son prédécesseur et regarder des subordonnés faire office de fusibles.

C’est un peu facile. L’été dernier, déjà confronté à un nombre inquiétant de scandales, il avait annoncé un remaniement de la gestion des risques et pris des mesures, clairement insuffisantes. Mais c’est aussi une excuse qui ne fonctionnera pas éternellement, tandis que tout reste à faire pour éviter que de telles débâcles ne se reproduisent.


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