L’appel du 11 février de l’Arc jurassien

Suite au scrutin populaire du 9 février sur l’immigration, la question qui pourrait aussi se poser est la suivante: comment la Suisse va-t-elle réagir de façon citoyenne au vote du peuple suisse?

La décision prise par le peuple pose un problème politique puisque le principe de la libre circulation des personnes est remis en question. Rappelons que ce principe fait partie intégrante des accords bilatéraux qui orientent nos relations avec les 28 Etats de l’Union européenne (UE). Notre exécutif est sur le pied de guerre pour expliquer et négocier au mieux avec l’UE. Notre diplomatie va devoir jouer un rôle d’équilibriste dans les prochains mois en veillant à satisfaire aux exigences des initiants et de nos partenaires européens qui jugent la libre circulation des personnes non négociable.

Un nouveaumouvement citoyen

Toutefois, tous ces efforts ne serviront à rien si un mouvement citoyen ne voit pas le jour pour montrer que la population suisse est capable de donner son avis sur une question qui touche à son quotidien. Une des conséquences positives du 9 février pourrait dans cet esprit être la naissance d’une prise de conscience citoyenne.

En 1992, une génération de jeunes s’était spontanément exprimée à la suite du refus douloureux, par le peuple et les cantons, d’intégrer l’Espace économique européen (EEE). Cela avait donné naissance au mouvement «Né le 7 décembre». Depuis, l’engouement européen des jeunes Suisses et l’intérêt, d’une manière générale pour les questions de société, ont vécu des heures difficiles. Le vote du 9 février va peut-être permettre de raviver une curiosité pour la chose publique, et de transmettre aux élus un message selon lequel la société est prête à se mobiliser pour parler de l’avenir de ses jeunes et des relations avec notre partenaire naturel.

L’initiative lancée à La Chaux-de-Fonds par cinq mouvements paneuropéens suisses et français, dénommée «Appel du 11 février de l’Arc jurassien», va dans ce sens.

Réunissant le Forum transfrontalier, le Mouvement européen de Franche-Comté, l’Union des fédéralistes européens, le Nomes Neuchâtel et la Maison de l’Europe transjurassienne, elle invite les pouvoirs publics suisses et français à confirmer leur engagement pour défendre le principe de la libre circulation et renforcer les outils à disposition pour développer la coopération transfrontalière.

En fin de compte, c’est en échangeant des idées et des expériences, et pas seulement des marchandises, que l’on parviendra à sortir de ce contexte de confusion et de grande incertitude.

L’économie transfrontalière est une nécessité pour la région de l’Arc jurassien en particulier, mais aussi pour l’ensemble de notre pays qui, avec son tissu économique à vocation exportatrice, ne peut se permettre la fermeture.

L’autogoal du 9 février 2014 ne pourra être rattrapé que par une alliance entre le politique et le citoyen. C’est cette alchimie qui, à n’en pas douter, a manqué dans la campagne menée pour combattre l’initiative de l’UDC. C’est maintenant le moment d’en prendre conscience et de soutenir des mouvements comme celui de l’Appel du 11 février.

Coordinateur du Nouveau Mouvement européen suisse (Nomes) Neuchâtel

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