Le 6 décembre 1978, Jacques Chirac est soigné à l'hôpital Cochin, à Paris, après un accident de voiture. Il signe un texte connu sous le nom d'Appel de Cochin, dont on dit qu'il lui a été arraché par ses conseillers souverainistes et dont il dit lui-même qu'il n'en regrette rien, sauf une phrase qu'il ne cite pas. Ce texte figure maintenant dans la plupart des manifestes contre la Constitution européenne. Extrait:

«Il est des heures dans l'histoire d'un peuple où sa sauvegarde tient toute dans sa capacité de discerner les menaces qu'on lui cache. L'Europe que nous attendions et que nous désirions, dans laquelle pourrait s'épanouir une France digne et forte, cette Europe, nous savons depuis hier que nous ne pouvons pas la faire. Tout nous conduit à penser que, derrière le masque des mots et le jargon des technocrates, on prépare l'inféodation de la France, on consent à l'idée de son abaissement. En ce qui nous concerne, nous devons dire non. […] Favorables à l'organisation européenne, oui, nous le sommes pleinement. Nous voulons, autant que d'autres, que se fasse l'Europe. Mais une Europe européenne où la France conduise son destin de grande nation. Nous disons non à une France vassale dans un empire de marchands, non à une France qui démissionne aujourd'hui pour s'effacer demain. […] Comme toujours lorsqu'il s'agit du rabaissement de la France, le parti de l'étranger est à l'œuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l'écoutez pas, c'est l'engourdissement qui précède la mort.»

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