Opinion

L’appel au dialogue de Michelle Bachelet aux autorités hongkongaises

OPINION. Dans une tribune, la haute-commissaire aux droits de l’homme Michelle Bachelet invite le gouvernement hongkongais à prendre les mesures de confiance, notamment la conduite d’une enquête indépendante par un juge sur les allégations de l’usage excessif de la force par la police. Comme le demandent les manifestants.

En tant que haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, j’ai suivi de près les nombreuses manifestations de masse qui ont eu lieu dans chaque région du monde cette année. Les manifestants sont descendus dans la rue pendant de nombreuses semaines afin de revendiquer leurs droits économiques, sociaux, civils, politiques et culturels et de lutter contre les inégalités dans tous ces domaines. Nous avons été témoins de rassemblements pacifiques et mobilisateurs, voire de célébrations. Nous avons pu également constater l’usage de la force par des membres des forces de sécurité ainsi que plusieurs actes de violence commis par certains manifestants, y compris dans mon propre pays, le Chili, et bien entendu dans la Région administrative spéciale de Hongkong.

D’après mon expérience en tant que chef d’Etat et haute-commissaire aux droits de l’homme, je peux vous assurer que le seul véritable moyen de mettre un terme aux manifestations de masse est d’établir le dialogue le plus large possible. Comme je l’ai fermement signalé à plusieurs gouvernements, dont le Liban, la Guinée, l’Iran, le Soudan, le Chili, la Bolivie, l’Irak et le Zimbabwe, les profondes divisions, les craintes, les frustrations et les inégalités, notamment économiques, sociales et politiques, doivent être reconnues et des solutions peuvent être trouvées grâce à un processus ouvert et inclusif.

Lors des récentes élections des conseils de district à Hongkong, 71,2% des électeurs inscrits ont exercé pacifiquement leur droit de vote après des mois de troubles, de violence et de chaos. La population de Hongkong a livré un message fort et sans équivoque: sa volonté de se faire entendre. Il est temps à présent de s’attaquer aux questions difficiles – avec clarté, courage et une détermination renouvelée. Il n’y a pas un instant à perdre.

Condamnation des violences

Je demande instamment au gouvernement de privilégier l’établissement tant attendu d’un dialogue constructif et inclusif, en déployant des efforts afin d’inclure dans les discussions des dirigeants communautaires, des groupes d’étudiants, des groupes d’entreprises, des syndicats, des dirigeants de différents partis politiques, des organisations de la société civile, des universitaires, des juristes, des groupes minoritaires et d’autres interlocuteurs. Il est temps désormais d’être directement à l’écoute des populations de tous horizons, de travailler ensemble avec détermination et sincérité afin de répondre à leurs préoccupations et à leurs revendications. Les jeunes en particulier doivent être entendus.

Nous avons constaté à l’échelle mondiale que si les gouvernements et les forces de sécurité traitent leurs peuples comme des ennemis, ils finissent parfois par le devenir

Je lance un appel à toutes les parties prenantes pour qu’elles condamnent sans équivoque les violences qui ont entraîné des blessures graves et la mort. J’invite également le gouvernement à prendre d’importantes mesures de confiance, notamment la conduite d’une enquête véritablement impartiale et indépendante par un juge sur les allégations de l’usage excessif de la force par la police. Ces mesures nécessiteront de la transparence, du courage et des compromis, mais elles sont essentielles pour rétablir la confiance, surmonter les clivages et trouver des solutions pacifiques à des situations intenables.

La population hongkongaise est depuis longtemps réputée pour être résiliente, adaptable et pragmatique, et a, depuis des décennies, placé la barre haut en exerçant ses droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique avec courage et ténacité. Le recours à la violence extrême par une minorité de manifestants – y compris à l’encontre d’officiers de police, ainsi que le harcèlement de certains des membres de leur famille – est donc profondément regrettable.

Principe de responsabilité

Nous avons constaté à l’échelle mondiale que si les gouvernements et les forces de sécurité traitent leurs peuples comme des ennemis, ils finissent parfois par le devenir. L’usage de la force sape la confiance – envers les institutions, les dirigeants et l’Etat de droit, cher à Hongkong, à mon propre pays le Chili, et à bien d’autres. C’est le cas dans de nombreuses régions du monde.

Dans de telles situations, si les gouvernements se contentent de condamner la violence de certains manifestants et de répondre aux protestations uniquement par des mesures de sécurité, sans mener d’efforts inclusifs pour écouter les revendications formulées par une grande partie de la population, nombre d’entre eux auront le sentiment croissant de ne pas être écoutés et leur rancœur ne fera que couver et s’envenimer.

C’est pour ces raisons que le principe de responsabilité est crucial, à la fois en ce qui concerne les allégations de recours excessif à la force par la police et les actes de violence commis par des individus ayant causé la mort, des blessures graves ou des dommages importants.

Offre de service

Le lancement d’une enquête indépendante sur l’usage de la force par la police ne ternit pas l’image de la police et des forces de sécurité, ni ne punit les officiers qui ont dû faire d’immenses sacrifices personnels. Cela prouve au contraire que cette entité travaille dur pour se conformer à l’Etat de droit et aux directives sur l’usage de la force, qu’elle est prête à faire l’objet d’un examen de sa conduite, et qu’elle valorise le principe de responsabilité lorsque ces règles n’ont pas été strictement respectées.

Nous avons beaucoup à apprendre des autres sociétés qui sont sorties de périodes de violence et de troubles sociaux. En Tunisie par exemple, le «quartet» du dialogue national a réuni des entreprises, des syndicats, le conseil du barreau et des défenseurs des droits de l’homme sur une plateforme commune pour établir un dialogue avec le gouvernement – et s’est vu décerner le Prix Nobel de la paix pour son travail. En Thaïlande et dans d’autres pays, plusieurs commissions de vérité et de réconciliation ont aidé à désamorcer les tensions et la polarisation ayant conduit à la violence politique.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme est prêt à offrir des conseils et des lignes directrices fondées sur son expérience et son travail dans le domaine des droits de l’homme à l’échelle mondiale – afin de tracer la voie vers un avenir pacifique et durable.

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