Certains observateurs avisés de la Berne fédérale ont cru déceler dans le bilan tiré par Ruth Dreifuss de six ans de LAMal une sorte de testament politique, présage d'un départ prochain du Conseil fédéral. Départ que les plus téméraires se risquent à fixer au 9 janvier, date de rentrée du gouvernement et jour du 62e anniversaire de la conseillère fédérale.

Le fait est que rarement Ruth Dreifuss était apparue aussi offensive en public sur l'assurance maladie. Pas sur le fond, où sa pugnacité est une marque de fabrique. Mais dans la forme. Aucun souci pour une fois de gommer les divergences qui l'opposent au Parlement, aux cantons, ni même au reste du collège gouvernemental. Pas de longues périphrases consensuelles pour ne pas avoir à entrer en matière sur des conflits existants.

Non, lundi, Ruth Dreifuss a eu envie de se décharger d'un fardeau dont elle acceptait jusqu'ici de porter sur ses seules épaules l'essentiel de la responsabilité politique. Oui, la LAMal est un échec sur le plan de la maîtrise des coûts et la charge des primes est trop lourde. Non, la Genevoise n'en est de loin pas la seule responsable. Ses pouvoirs en la matière sont limités. Pour une fois, elle a eu envie de le dire explicitement.

Ras-le-bol? Impuissance surtout. Les réformes substantielles en matière de coûts qu'elle serait susceptible d'approuver se heurtent à des intérêts trop puissants – ceux des cantons ou de l'industrie pharmaceutique – pour qu'elle puisse ne serait-ce qu'envisager de les proposer. Parce qu'elle a trop tardé par ailleurs à admettre le problème même des coûts, Ruth Dreifuss voit s'échapper inexorablement le contrôle de l'un de ses dossiers clés.

De facto, le Parlement a pris en main les destinées de la LAMal depuis plusieurs mois, esquissant largement les contours de l'assurance maladie de l'après-Dreifuss. Les compléments que propose désormais la conseillère fédérale n'y changeront pas grand-chose. Sous la Coupole, l'offensive pour injecter davantage de marché dans le système – à laquelle Ruth Dreifuss a répété son opposition lundi – est conduite par la sénatrice radicale Christine Beerli. La super-favorite à la succession Villiger. Une raison pour la ministre de la Santé de partir avant le grand argentier?

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