Le Temps: Comment vivent les Palestiniens côté israélien?

Mohammad Darawshe: Nous sommes entre deux chaises. Nous vivons dans notre patrie, mais pas dans notre pays. Nous sommes sous surveillance militaire, nous n'avons pas le droit d'aller voir nos amis et familles à Gaza ou en Cisjordanie. Nous sommes mal vus et discriminés par les Juifs, considérés comme des traîtres par les Palestiniens et les autres Arabes, car nous avons accepté la nationalité israélienne. Quand je parle arabe dans un bus, les gens sortent aussitôt leur téléphone portable, prêts à appeler les secours. Le racisme est permanent et il n'y a aucune loi contre cela.

- De quel genre de discriminations êtes-vous victimes?

- Ma famille avait 6000 mètres carrés de terrain dans ce village, depuis des lustres. Après 1948, le tribunal israélien nous en a laissé 50! Les Arabes représentent 17% de la population israélienne - je ne compte pas les 3% de Palestiniens de Jerusalem-Est, qui sont résidents et non citoyens - et n'occupent que 6% des postes de la fonction publique. On nous refuse des emplois et des logements parce que nous sommes Arabes et, lorsque nous trouvons un job, nous sommes payés 30% de moins que les autres.

56% des Arabes israéliens vivent sous le seuil de pauvreté, contre 15% de Juifs. L'entrée à l'université se fait à l'âge de 21 ans, pour que les Juifs aient le temps de faire l'armée avant, mais que font nos jeunes durant ces trois ans, eux qui n'ont pas le droit de servir? L'arabe est une langue officielle mais 98% des panneaux sont en hébreu. Bref, il y a malheureusement une multitude d'exemples.

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