éditorial

L'Arabie saoudite, colosse aux pieds d'argile

ÉDITORIAL. L’attaque frontale qu'il a subie fragilise encore un peu plus le royaume saoudien

L’attaque était audacieuse, précise, dévastatrice. Si les autorités saoudiennes rechignent à divulguer des détails – il s’agit de ne pas donner trop d’informations à l’assaillant –, les dégâts sont considérables: l’Arabie saoudite est frappée sur ses bases. C’est la richesse pétrolière qui fait d’elle un pays à part. Plus encore que la présence des Lieux saints de l’islam (La Mecque et Médine), c’est cette richesse qui soutient, bien sûr, le régime saoudien. Or, cette manne est fragile, comme continue de l’être, par ricochet, l’approvisionnement de la planète en or noir.

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Certes, le pétrole a perdu un peu de sa centralité. Il n’est pas question, aujourd’hui, d’aller sauver Riyad comme, en d’autres temps, une coalition internationale avait «sauvé» le Koweït face à l’Irak. Mais la panique qui a suivi les attaques de samedi contre les installations de l’Aramco, la compagnie nationale pétrolière saoudienne, prouve assez que la page du pétrole est loin d’être tournée. Pour le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (dit MBS), cet épisode est un désastre, bien plus retentissant pour lui, sans doute, que l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans le consulat saoudien d’Istanbul.

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Menant une guerre cruelle et absurde au Yémen, MBS donne aujourd’hui la confirmation qu’il dirige un Etat qui est un colosse aux pieds d’argile. Il est certes soutenu par des Etats-Unis dont le président s’affiche comme le plus grand des amis. Mais cet ami reste un ami de circonstance. En un tournemain, Donald Trump s’est débarrassé de son conseiller John Bolton, ennemi juré de l’Iran devant l’Eternel. Le président américain ne veut qu’une chose: sa réélection. Si l’Arabie saoudite veut compter sur son soutien, il faudra passer à la caisse. Ce sera très cher.

Quel que soit l’auteur direct de ces attaques, les dossiers yéménite et iranien ont fini de se superposer. Quelles que soient les conséquences futures, l’Iran a démontré qu’il y a aussi un prix à payer à jouer aux apprentis sorciers. Donald Trump ne veut pas la guerre, elle n’est pas bonne pour son business personnel. Mais il aime jouer avec la tension. Or, à ce jeu-là, le Moyen-Orient a plusieurs longueurs d’avance. Il faut arrêter au plus vite la spirale. Sinon, chacun en sortira perdant.

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