Éditorial

L’archaïsme fiscal valdo-genevois

EDITORIAL. L’impôt sur la fortune pratiqué sur l’Arc lémanique fait fuir les gros contribuables et pénalise les entrepreneurs. Une absurdité qui se révèle difficile à réformer

Genève et Vaud sont-ils devenus moins attractifs pour les riches que la France ou l’Italie? L’énoncé semble surréaliste. Mais il est peut-être vrai. Les chiffres que nous publions aujourd’hui montrent clairement que depuis 2010, les départs de très gros contribuables genevois sont bien presque deux fois plus nombreux que les arrivées dans le canton.

Lire l'article lié: Des chiffres inédits révèlent l’exode des riches contribuables genevois

On ignore ce qu’il en est dans le canton de Vaud, qui prétend ne pas disposer de chiffres à ce sujet. Mais il fait peu de doute que ces deux locomotives de l’économie romande ont un sérieux problème de compétitivité fiscale.

Aberration suisse et désormais internationale, ils pratiquent un impôt sur la fortune qui taxe l’outil de travail des entrepreneurs et décourage l’investissement. Une absurdité au moment où la région veut se profiler comme centre de création d’entreprises innovantes. Et où elle doit abandonner, ou restreindre, les vieux outils de prédation fiscale qu’étaient les sociétés à statut et les forfaits réservés aux riches étrangers.

L’argument de Broulis

Le handicap que représente l’impôt sur la fortune, sous sa forme actuelle, est bien connu. Alors pourquoi ne pas le supprimer? Parce que la volonté manque et que le paysage politique romand a beaucoup changé. La droite ne peut plus imposer seule une politique de baisse d’impôts ciblée sur les plus gros contribuables. La gauche anti-riches, dopée par la crise financière et la stagnation du pouvoir d’achat des classes moyennes, fait peur. Et puis, il y a ce vieil argument lancé par l’argentier vaudois Pascal Broulis aux contribuables qui se plaignent: trouvez-moi les 400 à 500 millions rapportés chaque année par l’impôt sur la fortune et je le supprimerai…

Pourtant, parce qu’elle prospère, la Suisse romande peut se permettre de changer un système devenu obsolète. Le signal donné aujourd’hui par la ministre des Finances genevoise Nathalie Fontanet va dans ce sens: l’impôt sur la fortune doit baisser. Il ne s’agit pas de faire un «cadeau aux riches», mais de préserver la capacité de l’Etat à attirer et garder des contribuables qui fournissent une contribution vitale aux finances publiques. Une gauche intelligente le comprendrait et accepterait le changement, moyennant des contreparties.

On y arrivera sans doute. Mais en combien de temps? Chaque mois qui passe voit l’exode de contribuables s’amplifier. Il y a désormais urgence à agir.

Publicité