Opinions

Pour l'armée, pas de droit à l'erreur. Par Antoine Menusier

Le Conseil fédéral a donc décidé de confier l'encadrement d'une partie des réfugiés kosovars à l'armée. Adolf Ogi et, avec lui, l'état-major général en sont certainement conscients: ils n'ont pas droit à l'erreur. Et par erreur on entend bavure. Dans l'affaire, ce sont eux les demandeurs, bien que formellement, ils répondent à un appel lancé par Arnold Koller. Mais la forme s'efface devant le fond. L'armée tient là une mission qui va lui permettre de montrer ce dont elle est capable. Une mission qui s'inscrit dans ses nouvelles tâches, à la limite des champs militaire et civil. D'où le malaise d'une partie de l'opinion, qui admet mal que des militaires se saisissent d'une situation dite d'urgence pour s'imposer, comme s'il fallait à tout prix qu'ils justifient le fait d'exister encore, à une époque où la Suisse ne se reconnaît plus d'ennemis, au sens classique du terme.

La situation, précisément, n'est pas classique du tout. Elle ne l'est pas parce que le conflit armé au Kosovo a déclenché un flux migratoire ininterrompu depuis le début de l'année, face auquel la Suisse n'a pas vraiment fermé les portes, sans les ouvrir complètement non plus.

Le Conseil fédéral, motivé par des considérations de politique intérieure, a tenu des propos contradictoires, mais dans l'ensemble, il s'est montré plutôt généreux. Et il a bien fait. Comme il a été bien inspiré jusqu'ici de ne pas envoyer l'armée aux frontières.

Le recours, aujourd'hui, à des soldats de milice pour garder des réfugiés dans des cantonnements, en principe à titre transitoire, est une décision qui comporte plus d'aspects positifs que négatifs. Il est bon, d'abord, que des jeunes gens vivant dans un pays prospère se frottent à des réalités difficiles sinon tragiques. Et à part l'armée, aucune structure civile ne peut leur en donner l'occasion. Cette mission d'encadrement, les soldats doivent la recevoir comme un privilège. Ce ne sont pas des armes qu'on va mettre entre leurs mains, mais des personnes cherchant du réconfort. Ne soyons pas naïfs: le rapport sera inégal, avec d'un côté des Suisses en uniforme, de l'autre des étrangers démunis. De la confrontation des deux groupes naîtront des frictions et des incompréhensions. Mais le risque, si risque il y a, vaut la peine d'être couru.

La prise en charge d'une partie des réfugiés par l'armée est à rapprocher, ensuite, d'une opération à caractère international. Et l'armée suisse, dans ce domaine, ne demande qu'à apprendre. Une participation à des actions de maintien de la paix, un secteur pour ainsi dire inexploré qu'elle souhaite développer, suppose des contacts avec les populations civiles.

Aussi, quelle que soit la forme que prendra demain l'armée, il importe que des militaires de milice s'ouvrent à des problématiques étrangères. En terme d'enjeux politiques, l'exercice qu'on leur demande d'accomplir auprès des réfugiés est somme toute aussi périlleux qu'une présence au Kosovo.

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