Revue de presse

L’armée suisse songe à offrir des pauses internet aux recrues démotivées

La grande muette devrait gagner en «douceur», selon son chef suprême. Philippe Rebord plaide pour une «adaptation» du système de milice à la société numérique, afin d’enrayer la chute des effectifs

«L’armée est un miroir de la société. Elle doit donc s’adapter à la société», déclare le commandant de corps Philippe Rebord, le chef suprême des forces militaires suisses nommé par Guy Parmelin au début de 2017, dans une interview publiée par le Tages-Anzeiger et le Bund. Le sujet a filtré au sein des rédactions de Tamedia, notamment dans 20 minutes, qui en fait sa une ce mardi, dans la presse alémanique tout entière et même outre-Gothard, comme dans La Regione.

Mais voilà, comment faire? Comment rendre cette fichue grande muette populaire «aux yeux des jeunes»? Il faut innover, clame-t-il, et pour les décourager d’effectuer un service civil beaucoup plus attrayant qui dégarnit les rangs armés, dit-il aussi dans une autre interview parue dans La Liberté et la presse neuchâteloise, faire preuve d’imagination si l’on ne veut pas souffrir d'«un manque prochain de 10 000 hommes».

Forum de Davos, par –35°C…

Comment, en effet, motiver une recrue mobilisée au Forum de Davos, par exemple, au mois de janvier, «lorsqu’il fait –35°C la nuit et que juchée sur son mirador de 5 m² avec des balles réelles», elle puisse ressentir cette activité comme intéressante? En fait, poursuit le commandant Rebord, «on peut compter sur ces garçons, mais il faut adapter le système. La génération Z qui a maintenant l’âge d’être recrutée a une vision du monde différente des précédentes.»

Cette génération-là, c’est celle, biberonnée aux réseaux sociaux et naturellement ultra-connectée, qui zappe toutes les dix secondes sur Internet, par exemple. «Quand les jeunes arrivent au sein de l’armée, il ne leur reste donc que la nuit pour surfer. Et si les recrues surfent pendant la nuit, elles ont un problème au bout de deux jours.» Conclusion: il faudrait des pauses pour cela, comme «dans les écoles d’officiers, où les aspirants disposent régulièrement d’une heure pour vaquer à leurs affaires privées», suggère le chef des armées.

Ce qui suscite tout aussitôt les ricanements des internautes, quel que soit leur bord, d’ailleurs. Ceux du quotidien gratuit songent à «une bonne blague»: «Dès qu’il y a une pause de 5 minutes, tout le monde est sur son téléphone…» Les plus âgés, les vétérans donc, peuvent penser, eux, qu’il ne faut pas de «pause pépère mais de la discipline»: à ces «jeunes d’aujourd’hui», ceux que le site Watson.ch qualifie de «Handy-Junkies», cela ferait «le plus grand bien». A défaut d’«une bonne guerre», comme on dit, sans doute?

Cent trente-sept commentaires sur le site du quotidien gratuit et près de 500 dans son pendant alémanique, 20 Minuten! Tous plus passionnés les uns que les autres et concernant tous les sujets abordés par le commandant, durée du service, femmes dans l’armée, avions de combat, etc. Sans parler de ceux du Tagi, qui se partagent entre les abolitionnistes et les donneurs de leçons s’adressant aux autres comme s’ils venaient de les mettre au garde-à-vous. Ce, même si l’on peut décemment croire que dans un système de milice, «un Facetime avec sa famille ne fait de mal à personne» et «peut même rendre un soldat plus motivé et performant».

Quel débat! Mais Philippe Rebord reconnaît aussi qu’il existe un vrai problème, que pointe entre autres 24 heures. Il lâche cette phrase inouïe, dont on peine à croire qu’il eût pu sincèrement la prononcer, tant le changement de paradigme est fort: «Nous devons rendre les premières semaines plus douces pour perdre moins de jeunes lors du premier mois.» On a beau se frotter les yeux mais on a bien lu: «plus douces». L’armée devrait donc gagner en délicatesse, à croire qu’elle ferait mieux de servir des petits fours.

Trêve de plaisanterie? N’y comptons pas pour l’heure et courons plutôt lire cet autre article de Watson.ch, qui décrypte «toute la misère de l’armée suisse en huit citations sorties de la bouche du chef» avec un humour décoiffant. A propos du précédent exemple du Forum de Davos, par exemple: «Il faut laisser cela à l’homme: il est honnête. Rebord n’a pas seulement essayé de donner l’impression que les mâles helvétiques pouvaient devenir de courageux militaires, mais aussi qu’ils pouvaient chercher un sens plus profond à ce qu’ils font.»

Un susucre ou un massage?

Et sur le quart d’heure de surf? C’est l’étape numéro 5 pour améliorer les choses: «Promettre un susucre.» Autoriser un petit saut sur le Web, c’est comme «autoriser les baskets pendant les longues marches». Ou prodiguer «un bon petit massage de bien-être après l’effort», comme le suggère un internaute sur la page Facebook de Radio Argovia.

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