Certains matins, je suis lasse d’entendre que les réseaux sociaux, c’est impolitesse, orthographe nulle, lourdauds et mauvaises manières. L’autre jour, un gars à Zurich s’est fait condamner parce qu’il avait «liké» une photo jugée raciste sur Facebook. C’est juste un raciste. Les réseaux sociaux n’inventent pas la bêtise. Ils la rendent seulement un peu plus visible.

Les réseaux ont leur grammaire. Rapide, émotive, directe. Les réseaux ont leurs codes. La ponctuation, les signes, les liens. Tenez, si vous mettez un «point» à la fin de votre réponse WhatsApp, genre «Je ne peux pas, point», vous passez tout de suite pour un nerveux, limite agressif. Mieux vaut ne rien mettre du tout ou, à la rigueur, un smiley déçu. C’est stupide, je sais, mais ce sont ces règles implicites qui font de vous des paumés 2.0 si vous ne les suivez pas. Et comme souvent dans la vie, ce sont les erreurs qui font l’éducation.

«J’ai tenté de te joindre»

Une amie se marrait parce que sa mère, après avoir essayé de l’appeler, lui glisse systématiquement un message: «J’ai tenté de te joindre.» «Elle n’a pas compris le concept des appels en absence!» qu’elle me dit. Et cela aussi, c’est un art. Un, c’est OK. Deux, c’est urgent, il se passe quelque chose. L’autre jour un ministre, pour fixer un banal rendez-vous, m’en a laissé neuf, d’appels en absence. Fail.

Autre chose, les albums Facebook. Alors oui, ils sont faits pour être consultés. Mais si une notification t’apprend qu’un type que tu connais à peine «like» une photo de toi datant de 2012, ce n’est pas flatteur, c’est creepy. Ça veut juste dire qu’il vient de passer une bonne vingtaine de minutes à «scroller» sur ta page: direct, tu le catégorises un peu timbré. C’est dur, je sais, mais ce sont les règles et ce n’est pas moi qui les ai inventées.

Savoir se parler

Un jour, à Tokyo, je suis tombée sur une Genevoise dont je connaissais le nom, une espèce de copine de copines, que j’avais vu sur des clichés de soirées. A l’autre bout du monde, dans une boutique vintage, je n’ai pas osé lui parler. J’aurais peut-être dû, mais à l’époque ça aurait divulgué de moi une espèce d’image de fille voyeuse que je n’avais pas envie d’avoir.

Il faut seulement savoir se parler, sur les réseaux comme partout. Alors plutôt que de dire sans cesse aux enfants comme aux autres de se méfier, apprenons-leur à savoir les aimer, pardon, les «liker».

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