DIGITALE ATTITUDE

L’art du film muet de retour sur les réseaux sociaux

De nombreux créateurs de contenus publient des vidéos silencieuses sur Internet. On assiste à la naissance d’un nouvel âge d’or du cinéma muet, explique notre chroniqueuse

Nos lectures sur le Web, souvent interrompues par des vidéos qui se déclenchent sans être sollicitées, suscitent à juste titre un contre-courant. Ainsi sur Facebook, pour s’en prémunir, les usagers désactivent le son dans 85% des cas.

De nombreux médias ont senti le vent tourner et du coup proposent des films sans paroles. Ainsi on assiste à la naissance d’un nouvel âge d’or du cinéma muet, ou plus précisément, selon le New York Times, un «nouvel âge d’or de vidéos silencieuses». Internet fait donc revivre aujourd’hui les origines du cinéma, qui remonte à 1895!

Des producteurs de contenu publient leurs clips silencieux, qui se font connaître sur les réseaux sociaux, où ils se partagent des dizaines de milliers de fois. Un site en particulier, LADBible, excelle dans cette diffusion et comptabilise plus de 13 millions d’abonnés sur Facebook.

Mode silencieux

Twitter et Facebook sont les plateformes idéales pour répandre ces courts-métrages, car ils se consultent principalement depuis des téléphones mobiles, dans des lieux publics ou au sein d’un groupe, où le mode silencieux est la nouvelle norme. De plus, sans paroles, ils transcendent les barrières linguistiques.

Les vidéos muettes se trouvent aussi sur les sites des plus grands titres de la presse. Le Washington Post, Time, le Telegraph et Le Temps, parmi d’autres, publient des reflets filmés de l’actualité avec des surtitrages en guise d’explication. Le son, qui peut être activé ou non, consiste en des bruits de fond et de la musique, tout comme dans les films d’autrefois.

Les scientifiques s’intéressent eux aussi aux films muets, mais pour d’autres raisons. Ils tentent de dupliquer le travail des bruiteurs (ou artistes de Foley), dont le métier consiste à reproduire, par divers procédés, les bruits de la vie quotidienne pour les insérer dans les films.

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Par exemple, pour imiter le bruissement de feuilles agitées par une baguette en bois, un algorithme d’apprentissage profond (deep learning), émanant du MIT, a analysé un millier de vidéos contenant plus de 45 000 sons. Il a réussi ensuite à distinguer si la baguette tape, tapote, gratte ou racle. Après la reconnaissance faciale, la reconnaissance vocale, voici donc la reconnaissance des sons environnants par les machines.

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