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Quelques-unes des affiches de la campagne de l'UNIGE.
© Unige.ch/rectorat/egalite

Du bout du lac

De l’art de ne pas être entendue

Notre chroniqueur confesse, «cum grano salis», son malaise devant la campagne de l’Université de Genève contre le harcèlement

Jeudi matin dans le soleil rasant du parc des Bastions, je me demandais encore ce que j’avais en moi de Tennessee quand je décidai de bifurquer par l’Université, pour gagner du temps. Passé le buste d’Antoine Carteret, je pousse la lourde porte de l’institution et m’engouffre dans la molasse. Je traverse le hall clairsemé d’un pas nostalgique, lorgne un séminaire de logique placardé sous un plexiglas et m’apprête à plonger dans la rue De-Candolle, quand une affiche verte m’apostrophe.

«Toutes mes excuses»…

«Et si au lieu de commenter mes jambes, ma robe, mon décolleté, ma démarche, vous commentiez ma recherche?» suggère-t-elle, lapidaire. Je me retourne, jette un œil à la ronde, personne. C’est donc à moi que s’adresse le rappel à l’ordre. Pardon Mademoiselle, toutes mes excuses, hésité-je… Il s’agit d’une terrible méprise, votre recherche est certainement passionnante et votre robe ne me regarde pas, vous devez confondre. Je m’éloigne donc poliment, un peu surpris mais pas fâché, me disant qu’après tout, un homme averti en vaut deux.

Je n’ai pas fait un mètre qu’une autre affiche, rose, m’alpague cette fois sans ménagement: «Vos blagues sexistes sont insupportables, dégradantes, méprisantes, humiliantes, même si je souris.» Toujours personne dans le périmètre, je dois me rendre à l’évidence: c’est encore à moi qu’elle parle. Légèrement surpris par l’hostilité de ce nouveau reproche, je choisis de prendre à nouveau sur moi. Inutile, me dis-je, de lui demander pour quelle drôle de raison des blagues insupportables la font sourire, passons notre chemin.

«Menacez-moi au moins en bon français»…

Mais avant la sortie se dresse une troisième affiche, d’un jaune bilieux, qui monte au nez. «Je suis incapable de supporter une petite blague misogyne. Mon avocat non plus», hurle-t-elle avec l’envie d’en découdre. Son avocat? Non mais hé, ho! Je n’ai rien fait, moi, Madame, je passais par-là, pour gagner du temps! Je vous remercierai de bien vouloir éviter de me sauter gratuitement à la gorge. Ce n’est tout de même pas ma faute si vous êtes incapable de supporter une petite blague misogyne! Je ne sais pas moi, essayez de vous détendre. Et si vous n’y arrivez pas, menacez-moi au moins en bon français: si vous êtes incapable de quelque chose, votre avocat l’est aussi, il ne l’est pas non plus.

Laissant les virulentes à leur virulence, je quittai l’Alma mater un peu secoué, mais conforté dans ce qui n’était jusque-là qu’une intuition: appeler au respect, à l’éducation, à la bienséance et à la politesse est une excellente idée, peut-être même une urgence. Mais le faire sur ce ton est la garantie absolue de ne pas être entendue.


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