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L'art pour panser les plaies de la Terre

La Triennale de Milan accueille une stimulante exposition internationale qui s’interroge sur une nature en péril

Une semaine après l’appel du 14 juin, j’aurais pu profiter de cette chronique pour revenir sur la spectaculaire grève des femmes qui m’a permis de voir la place Saint-François, à Lausanne, comme je ne l’avais jamais vue. Cet élan solidaire tout en mauve et en slogans était beau à voir. J’aurais ainsi pu saluer le travail épatant réalisé par mes collègues femmes, qui sont dans la rubrique culturelle du Temps plus nombreuses que les hommes; mais cela aurait été facile et un brin démago, je vous le concède. Je vais donc évoquer l’autre sujet de société qui est de toutes les conversations: l’écologie. Encore, me direz-vous. Oui, encore, car il y a le feu au lac.

Installée dans l’austère Palazzo dell’Arte qui jouxte l’imposant Castello Sforzesco, la Triennale de Milan propose jusqu’à fin août la XXIIe édition d’une exposition internationale organisée à un rythme disons très italien – la première avait eu lieu en 1923 sur le thème de la modernité, les deux dernières se sont déroulées en 2001 et 2016. Cette année, cette expo s’intitule Broken Nature. Nature cassée, brisée, abîmée, pour souligner l’urgence, le point de non-retour.

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Cette mostra est dense, inspirante. Un étage est consacré à des propositions individuelles, un autre à des installations institutionnelles chapeautées par des pays invités. Il faut prendre le temps de s’y immerger, d’y flâner, car si de sa densité peut émerger une certaine sécheresse, un côté conceptuel qui pourrait sembler poseur, la diversité de ce qu’on y découvre s’avère au final follement excitante.

Colza contre radioactivité

Transdisciplinarité est un mot à la mode. Parce que les frontières entre les pratiques artistiques n’ont jamais été aussi poreuses, en témoigne à Milan un joyeux maelström où s’entrechoquent design et architecture, qui sont au cœur de Broken Nature, mais aussi mode, graphisme, vidéo et même big data. Dans une vitrine, une paire d’étranges sabots à talons hauts, en bois et métal, m’a attiré. Parce qu’il s’agit d’un bel objet. Le carton qui l’accompagne m’a ensuite appris que ces chaussures renfermaient un mécanisme qui, à chaque pas, plante dans le sol une graine de colza.

Hiromi Ozaki, artiste anglo-japonaise qui travaille sous le nom de Sputniko!, a imaginé ce concept au lendemain de la catastrophe de Fukushima, après avoir appris par une étude menée à Tchernobyl que le colza était capable d’absorber la radioactivité contenue dans la terre. Je me suis alors imaginé des milliers de personnes marchant ensemble pour réparer la nature abîmée… L’art n’est jamais aussi stimulant que lorsqu’il produit des utopies.


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