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L'art périlleux de faire rire

L’humour a la cote mais au cinéma la comédie reste souvent considérée comme un genre mineur. Heureusement, il y a le VIFFF

Il y a vingt ans, les ados rêvaient de devenir rockeurs. Il y a dix ans, ils se fantasmaient en dessinateurs – ça, c’est le franc-tireur Bill Plympton qui me l’avait affirmé. Et aujourd’hui, c’est l’humour qui a la cote. On a souvent parlé d’une génération stand-up et Comedy Club, et ma foi, c’est vrai qu’en Suisse romande, pour rester local, il semble bien que dans le sillage de l’omniprésent (mais c’est une bonne chose) Thomas Wiesel, une véritable génération soit en train de fourbir ses armes, à savoir de tester ses vannes, qui dans l’intimité des cafés-théâtres, qui dans la vertigineuse immensité du Web.

Alors qu’approche le très couru et très coté Montreux Comedy Festival, c’est un fait: l’humour, ça marche. Les salles jadis dévolues aux seuls concerts en programment de plus en plus, chaque émission radio ou télé possède son chroniqueur poilant, sans parler de tout ce qui se fait sur le précité World Wide Web. Est-ce parce que rire, c’est bon pour la santé, comme l’affirmait l’an dernier sur un ton lugubre notre président de la Confédération? Peut-être bien, dans le fond. Dans cette même colonne, je vantais d’ailleurs il y a peu les hautes qualités de la comédie Le Sens de la fête, avec un Jean-Pierre Bacri plus au taquet que jamais, qui, derrière ses dialogues tranchants comme un revers de Federer, cache un vrai discours social, du moins pointe quelques dérives et dysfonctionnements.

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Si le film de l’affûté duo Toledano-Nakache fonctionne plutôt bien au box-office, la comédie n’en reste pas moins un genre souvent jugé mineur, bien que la première fiction de l’histoire du cinéma, L’Arroseur arrosé, en fut une. Que le premier qui me cite comme ça, sans réfléchir, une comédie ayant remporté un Oscar, un César ou une Palme d'or me jette la première pierre. Les grands festivals, hormis dans le cadre de leurs rétrospectives, boudent de même régulièrement les films drôles, à l’exception toutefois de ceux qui pratiquent un humour noir ou provoquent des rires jaunes, qui jouent la carte du cynisme roublard ou du troisième degré finaud.

Mais heureusement, il y a le VIFFF – le Vevey International Funny Film Festival, dont la troisième édition se déroule ce week-end. La manifestation, sans ghettoïser la comédie – c’était le risque –, la célèbre joyeusement. Et rappelle à travers les films sélectionnés, qu’ils soient récents ou non (hommage au génial Jerry Lewis cette année), la pertinence de cet adage qui dit que l’art de faire rire est autrement plus périlleux que celui de faire pleurer. C’est ainsi qu’une comédie ratée sera toujours plus désespérante qu’un drame foireux. Mais lorsqu’un film drôle l’est vraiment, la preuve au VIFFF, l’extase est immense.


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