Confronté aux décisions les plus dures du début de sa présidence (le renforcement des troupes en Afghanistan et le vote sur la santé au Congrès), Barack Obama entame une tournée diplomatique de neuf jours qui le conduira au Japon, en Chine, à Singapour et en Corée du Sud. Une longue absence de Washington qui souligne l’importance stratégique accordée par les Etats-Unis à l’Asie et qui ravive, au passage, les craintes européennes de marginalisation. L’enjeu est en effet de taille: il devra convaincre ses alliés traditionnels de la nécessité de maintenir une relation trans­atlantique privilégiée, négocier avec les Chinois un engagement qui soit dans l’intérêt des deux pays tout en s’assurant que les Etats-Unis demeurent la pièce maîtresse de la sécurité régionale, comme c’est le cas depuis soixante ans.

L’exercice ne va pas de soi car le monde change. La crise économique a accéléré la redistribution des cartes dans un environnement international qui devient réellement multipolaire. C’est une bonne nouvelle, mais ce mouvement tectonique n’est pas sans risque. Le facteur majeur de cette reconfiguration est bien entendu l’affirmation de la puissance chinoise. Sur le plan économique, le numéro un régional n’est désormais plus le Japon, mais Pékin. C’est vécu comme un traumatisme à Tokyo. Conséquence: la nouvelle administration de Yukio Hatoyama veut une intégration économique régionale excluant pour la première fois les Etats-Unis. Sans remettre en question son alliance militaire, Tokyo veut par ailleurs limiter la présence des soldats américains sur son sol.

D’aucuns, dans le camp républicain, s’inquiètent déjà d’un manque de leadership de Barack Obama qui pourrait ébranler les autres nations de l’Est asiatique qui comptent sur le parapluie militaire des Etats-Unis pour faire contrepoids à l’inquiétant réarmement de Pékin.

Dans le même temps, Washington veut renforcer les relations avec la Chine – on parle désormais de partenariat stratégique: les économies des deux pays sont quasiment fusionnées et un accord sur le réchauffement climatique dépendra de leur entente. C’est louable, mais les sceptiques rappelleront que les deux pays reposent sur des valeurs opposées. Il faudra trouver un juste langage. Mais plus que sur ses discours, les Asiatiques jugeront Barack Obama à l’aune de son pragmatisme.

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