En ces temps de pandémie, on entend des choses bizarres. Ainsi, samedi, sur l’émission Forum, le géopolitologue français Dominique Moïsi déclarait avoir l’impression que l’Asie réagissait de manière «plus civique», «avec plus de respect et de souci de l’autre», «à un niveau plus élevé, plus spontané et plus immédiat» que dans beaucoup de pays européens. Ce qui est remarquable, ajoutait-il, c’est que ce constat valait «indépendamment de la nature des régimes politiques».

A l’inverse, l’Europe aurait réagi «très tard et très difficilement». Il ajoutait qu’elle n’en sortait pas grandie alors que les Italiens s’étaient sentis une fois de plus abandonnés par cette UE censée les protéger. Les masques et les ventilateurs n’arrivaient-ils pas de Chine plutôt que d’Europe lorsque la Lombardie en avait besoin? Conclusion: le civisme asiatique tiendrait à l’éducation et à un trait culturel. L’Europe ferait bien d’en tirer quelques leçons.

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Si leçon il y a à tirer, ces temps-ci, c’est l’ignorance de bon nombre d’experts de la réalité asiatique et le danger des préconçus culturels. Si le pouvoir chinois – qui impose sa censure – s’est peut-être montré meilleur communicateur que l’UE, il n’est certainement pas plus citoyen ni plus solidaire que quiconque. Pas plus que les pays asiatiques entre eux. A l’inverse, c’est bien l’UE qui mobilise des centaines de milliards d’euros afin que la solidarité intra-européenne prenne forme. Il n’y a aucune organisation comparable en Asie. Si les pays voisins de la Chine ont réagi plus vite, c’est simplement qu’ils étaient plus conscients du danger, expérience du SRAS oblige. Ni plus ni moins. Cela n’a rien à voir avec le civisme. Encore moins avec l’éducation ou la culture.


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