Avant de devenir secrétaire général des Nations unies, j'étais un diplomate asiatique. Alors que j'étais ministre des Affaires étrangères de la République de Corée, mon gouvernement et moi-même étions de fervents avocats de la détente avec la Corée du Nord. Alors que certains pays dans le monde appelaient à des sanctions et des mesures punitives, la Corée du Sud était en faveur du dialogue.

Cette approche nécessite non seulement de savoir discuter, mais également de savoir écouter. Elle implique de s'en tenir à des principes, mais aussi de tenter de comprendre l'autre partie, aussi irrationnels et intransigeants que puissent paraître ses arguments.

Ce style est resté le mien aux Nations unies. Je crois aux vertus de la diplomatie et de l'engagement, et je préfère le dialogue aux déclarations unilatérales. Avant tout, je cherche à obtenir des résultats.

Nous procédons ainsi aujourd'hui en Birmanie. L'envoyé spécial de l'ONU, Ibrahim Gambari, est retourné à Rangoon, avec pour mission d'être un intermédiaire honnête, de faciliter le dialogue entre le gouvernement et les leaders de l'opposition, et en particulier avec Aung San Suu Kyi. Sa mission a pour but d'obtenir que le gouvernement birman relâche tous les manifestants et les étudiants emprisonnés, qu'il engage des discussions avec l'opposition, se dirige vers une société plus démocratique et rejoigne la communauté internationale.

Cette forme particulière de diplomatie n'est ni rapide ni facile. Les applaudissements sont rares, et souvent le mouvement engagé n'est pas perceptible de l'extérieur. C'est un travail de longue haleine, en coulisses. Il faut passer des heures au téléphone, cajoler les dirigeants mondiaux pour les inciter à faire ceci ou cela. C'est une symphonie - souvent cacophonique - de petits pas dont on espère qu'elle débouchera sur quelque chose de plus grand.

Il ne faut s'attendre à rien, seulement essayer sans relâche, persévérer. Cela peut marcher, ou non. Il faut alors essayer à nouveau, sous un autre angle, cherchant toujours à réaliser les petits progrès qui permettent de faire le prochain pas.

Nous en sommes là au Darfour. J'ai passé des centaines d'heures à négocier à huis clos avec les différentes parties - le gouvernement soudanais, les chefs des factions rebelles, les pays voisins et les partenaires de l'Union africaine. Parallèlement, les Nations unies ont entrepris l'une des opérations les plus complexes de maintien de la paix de leur histoire, nourrissant et protégeant des centaines de milliers de personnes déplacées, et soutenant de difficiles pourparlers de paix en Libye.

Mais même alors que je défends ma forme de diplomatie «asiatique», être un Asiatique aux tables rondes de la diplomatie internationale peut être une position quelque peu solitaire.

Nous, Asiatiques, habitons le plus grand continent de la planète, avec la population mondiale la plus importante et les économies à la croissance la plus rapide. Nous avons une histoire riche et des cultures anciennes. Et pourtant, notre contribution aux affaires internationales n'est pas ce qu'elle pourrait ou devrait être.

Le rôle de l'Asie aux Nations unies, bien qu'appréciable, pourrait être plus important. Sa participation à l'assistance humanitaire est, pour le dire poliment, moins que généreuse. Notre continent est le seul où l'intégration régionale et l'idée d'un marché commun n'ont pas pris.

Tant les Latino-Américains que les Nord-Américains rêvent de créer une zone de libre-échange. Les Européens parlent de mettre en place les Etats-Unis d'Europe. L'Union africaine aspire de son côté à former les Etats-Unis d'Afrique. Pourquoi les Asiatiques n'envisagent-ils pas les Etats-Unis d'Asie?

Il existe différentes raisons pour lesquelles l'Asie est différente: des raisons historiques, culturelles, des différends politiques et territoriaux non résolus, un manque d'expériences multilatérales, et la prédominance d'un ou deux centres de pouvoir. Mais la principale raison est que nous n'avons pas essayé.

L'Asie ne se montre pas à sa juste valeur. En tant que secrétaire général asiatique des Nations unies, j'espère voir un changement. J'espère voir l'Asie à la fois mieux intégrée et plus engagée au plan international.

J'attends en particulier de grandes choses de mes concitoyens coréens, un peuple remarquable qui a su trouver sa voie. J'espère voir la Corée du Sud assumer davantage de responsabilités dans le monde, proportionnelles à sa puissance économique croissante - en particulier dans le domaine du développement, l'un des trois piliers de la Charte des Nations unies. Les Coréens doivent se lever, s'exprimer et faire davantage, en commençant par une assistance officielle plus généreuse au développement.

Les Coréens ont déjà fait preuve de leur penchant pour la diplomatie multilatérale et la résolution de conflits lors des négociations des six parties. Aujourd'hui, les Coréens, et les Asiatiques dans leur ensemble, doivent contribuer par leurs talents et leurs réussites à la résolution des problèmes mondiaux les plus pressants.

Ce n'est pas seulement mon espoir, mais également une obligation de l'Asie.

©: Project Syndicate/The Asia Society 2007.

Traduction: Julia Gallin

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