éditorial

L'assistanat pour lutter contre la pauvreté: un emplâtre sur une jambe de bois

EDITORIAL. Plus de 7% de la population suisse vit sous le seuil de pauvreté. Pour la Confédération, les allocations sociales versées par les cantons et les communes constituent la solution. Elle se trompe

L’article 12 de la Constitution fédérale garantit que toute personne vivant en Suisse doit pouvoir accéder à des conditions d’existence décentes et obtenir un soutien en cas de nécessité.

L’Etat providence suisse dit remplir son contrat en versant des allocations sociales et divers types de subventions alors que des milliers de personnes arrivent difficilement à joindre les deux bouts avec 2247 francs par mois pour une personne seule et 3981 francs par mois pour une famille comprenant deux adultes et deux enfants, soit les montants fixant le seuil de pauvreté.

L'assistanat comme réponse définitive

La Suisse a beau être parmi les pays les plus riches du monde et un pays égalitaire en matière de chances, avec des systèmes éducatif et de santé accessibles. Il n’empêche que 616 000 personnes y vivent dans le besoin. Dont 108 000 enfants et 141 000 working poor, ceux et celles dont les salaires ne permettent pas de payer toutes les factures à la fin du mois et qui doivent renoncer, par exemple, au dentiste.

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Il n’y a peut-être pas de quoi lancer des cris d’orfraie par rapport au reste du monde où 800 millions de personnes survivent avec 1,90 dollar par jour. Mais tout de même. Le pays affiche une croissance solide et presque le plein-emploi. Le bât blesse lorsqu’on voit que la Confédération, tout en dénonçant la pauvreté dans une Suisse riche, prend le contre-pied et renonce à mener une politique active de lutte contre le fléau. Elle se décharge du fardeau sur les cantons et les communes, pourvoyeurs des aides sociales. Avec cette approche, Berne considère que l’assistanat constitue la réponse définitive.

Un problème transversal

Or, comme l’explique Caritas, la plus grande organisation privée active dans ce domaine, la pauvreté est un problème transversal. Ses causes sont multiples et, pour la combattre, il faut prendre une série des mesures touchant à la politique de formation, de l’égalité des genres, du logement. Autant de domaines qui sont du ressort de la Confédération et non des cantons et communes seulement.

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A vrai dire, la Confédération ne s’en lave pas totalement les mains; elle renouvelle le programme national pour la période 2018-2024. Celui-ci, comme le précédent, ne concerne pas le paiement des allocations sociales et autres subventions, mais, en théorie, devrait lui permettre de mesurer l’ampleur de la crise, prévoir les tendances et mettre sur pied des programmes de prévention.

Budget amputé

C’est cette tâche fondamentale que Berne refuse de cautionner. En sabrant le budget du programme, le ramenant à 500 000 francs par an jusqu’en 2024, contre 2,2 millions de francs par an dans le précédent, elle refuse de financer les activités d’observation et d’information sur un phénomène qui peut frapper tout citoyen ou résident suisse en tout temps. Avec cette stratégie, on n’attaque pas le mal à la racine. On ne fait que poser un emplâtre sur une jambe de bois.

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