«Ultra last minute.» Le terme est emprunté à une porte-parole d’Hotelplan. Mais il a le mérite de parfaitement résumer le phénomène auquel est désormais confronté l’ensemble des prestataires touristiques. Petits ou grands. En Egypte ou dans le Jura. La crise sanitaire et ses multiples vaguelettes automnales (et sans doute hivernales), auxquelles il faut ajouter une météo incertaine en ce début de mois d’octobre, conduisent les voyageurs et les touristes à réserver ou à annuler à la toute dernière minute.

Booking.com, Hotels.com ou TripAdvisor avaient déjà imposé au secteur touristique, et aux hôteliers en particulier, un modèle qui n’avait pas cours il y a dix ou quinze ans. Ce n’est donc pas une nouvelle donne. Mais le phénomène s’est renforcé à grande vitesse avec l’apparition d’un virus qui ne cesse de réserver des surprises.

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Les professionnels, déjà bien heureux de pouvoir envisager l’arrivée de clients, n’ont pu que se plier à la demande. La logique est implacable: il vaut mieux avoir des réservations, quitte à ce qu’elles ne se matérialisent jamais en argent sonnant et trébuchant, que de ne pas en avoir du tout parce que les conditions d’annulation sont trop pénalisantes.

Proposer des procédures de réservation simples et rapides, et des conditions d’annulation quasi gratuites, peu importe le délai dans lequel on renonce à un séjour? C’est évidemment une bonne nouvelle pour les touristes et les consommateurs. Mais en face, les prestataires, eux, naviguent à vue. Cette situation exige qu’ils fassent preuve d’une extrême flexibilité. Et d’une gestion à court terme exemplaire.

Récompenser les prévisibles

Ça, c’est le défi du moment. Le problème structurel viendra après. Lorsque le virus aura cessé de limiter les possibilités de se déplacer et de jeter cette incertitude sur tous les voyages projetés à moyen terme. Les hôteliers et les prestataires de services touristiques pourront-ils revenir en arrière? Réimposer à leurs clients des conditions d’annulation moins conciliantes?

Il y a des chances pour que cette donne devienne une norme. Mais il y a un moyen pour qu’un prestataire n’assume pas l’entier de cette charge. C’est le fameux «yield management». Un modèle de gestion tarifaire flexible, dont EasyJet est l’exemple le plus connu, et qui consiste à récompenser les clients les moins volatils et les plus prévisibles.

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Si ce système est adopté par un nombre de plus en plus important d’hébergeurs, le concept n’est encore de loin pas généralisé. Il n’est toutefois pas gratuit, ni aisé à utiliser. Pour le mettre en place, il faut investir et s’investir. S’adapter à la nouvelle demande, c’est assurer sa survie.