Non! Ce n’est pas reparti comme en 2011 lors de l’élection au Conseil fédéral, tant les circonstances sont différentes dans ce scrutin sur la réforme de l’AVS. Mais Alain Berset contre Pierre-Yves Maillard, cela promet assurément un duel explosif. Ce sont là deux surdoués de la politique romande aux personnalités si contrastées, deux hommes aussi qui ont chacun à leur manière marqué de leur empreinte la politique suisse de ces deux dernières décennies.

Il faut s’attendre à quelques étincelles, car Pierre-Yves Maillard n’hésite pas à dramatiser l’enjeu. «Défaire l’AVS, c’est défaire la Suisse», martèle-t-il. Alors que la majorité du parlement ne cherche qu’à pérenniser l’AVS, le leader syndical n’y voit qu’un démantèlement au détriment des femmes, lesquelles devront travailler un an de plus.

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Si la gauche emmenée par Maillard tient tant à gagner cette bataille, c’est parce qu’elle y décèle un point de bascule dans cette législature. Déductions fiscales pour enfants, suppression rejetée du droit de timbre, prévention contre le tabac, initiative sur les soins infirmiers: elle a déjà engrangé quelques victoires inattendues. Si elle s’impose encore sur l’AVS, elle aura prouvé qu’elle reste un acteur incontournable de toute réforme fiscale et sociale. Dans un pays de droite gouverné par la droite, ce serait le signal d’un «changement tectonique», selon le terme d’un syndicaliste.

Pour Alain Berset, l’enjeu est différent, mais tout aussi crucial. Il a certes été un capitaine convaincant du Conseil fédéral durant la pandémie de Covid-19. Mais, au-delà de l’homme d’Etat sachant gérer une crise, son bilan est faible en tant que ministre des Assurances sociales. Il reste sur une défaite mortifiante dans un projet qui lui tenait beaucoup à cœur, Prévoyance vieillesse 2020.

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Dans l’assurance maladie, les projets les plus prometteurs d’économies dans les coûts de la santé se sont presque tous enlisés. La votation de l’AVS est pour lui l’une des dernières occasions de laisser sa trace dans l’histoire de cette assurance. Pas question donc d’en faire le minimum pour s’éviter les foudres de la base socialiste. Après plusieurs affaires qui ont secoué son département, Alain Berset doit prouver qu’il n’est pas usé par le pouvoir.

Le duel Berset-Maillard sera donc passionnant à suivre. Ces dernières semaines, le syndicaliste a dominé la scène médiatique des deux côtés de la Sarine. Ses détracteurs se consolent en se disant qu’en proférant de telles tirades aussi «dogmatiques que populistes», il se prive de toute chance de briguer un jour le Conseil fédéral… Dans l’immédiat et au-delà de la votation sur l’AVS, le PS compte sur lui pour stopper son déclin aux élections fédérales d’octobre 2022. On en saura alors plus sur la concrétisation ou non de ce «changement tectonique».

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